PRÉAMBULE.
Nature
politique et autonomie des luttes syndicales.
Afin
que le champ politique
n’impose pas ses divisions au champ
syndical, il importe de saisir la
nature politique des luttes syndicales. Cette nature tient de la multiplicité
des dimensions qui traversent le champ universitaire. Il importera donc de
ne pas confondre cette nature politique avec celle que confère le champ
politique. L’autonomie du champ syndical devra être jalousement défendue.
Si le champ syndical est particulier avant d’être général, à l’image de
tout champ, s’il est complexe avant d’être simple, il est aussi tout cela
à la fois et chaque détermination en décide à sa manière. A
titre d’exemple, la question salariale avec la déréglementation néo–libérale
mondiale peut largement excéder les champs auxquelles elles est
traditionnellement confrontée.
Luttes
autonomes, convergences et fronts sociaux.
La
convergence de luttes qui relèvent
au départ de champs différents mais se retrouvant dans de mêmes dimensions
n’est donc pas à exclure, elle est même nécessaire pour que puisse s’élargir
leurs champs réciproques. Ces convergences
peuvent aboutir à la construction de fronts,
temporaires ou durables, plus ou moins larges. Ce dont il faut se prévenir
c’est de la soumission du champ
syndical au champ politique et
non pas de leurs échanges, d’autant plus qu’ils sont fructueux. Dans notre
contexte national, cette soumission reproduirait les impasses du champ politique
et appauvrirait l’activité sociale, au lieu de constituer des ouvertures
sociales. L’affirmation puissante du caractère
apolitique de notre organisation à certains moments de son existence, et ce
par quoi elle ne s’est pas singularisée, n’a souvent été qu’une façon
d’éviter l’importation des clivages, les apports d’un champ politique
corrompu. L’activisme politique dans
le champ syndical peut conduire, d’autant plus qu’il n’est pas averti,
encadré, à la reproduction des contradictions et aux impasses du champ
politique.
Syndicalisme
algérien.
Le
syndicalisme dont nous sommes partie
prenante se cherche et devra se doter
d’une personnalité adéquate. Cette personnalité que l’on peut
observer chez les différents syndicats du monde, porte la marque d’une
certaine relation (proximité ou
distance, soumission ou autonomie,
massif ou dispersé, etc.) du politique
et du syndical. Rien d’étonnant à cela, le monde du travail représente
une large composante de la société.
Les
caractères de notre société et la
nature des luttes qu’il faudra mener lui donneront son empreinte. La
lutte syndicale est politique dans la mesure où ce qui concerne la monde du
travail concerne l’ensemble de la société, l’ensemble de l’humanité.
Mais la lutte syndicale est toujours à l’échelle d’une expérience
humaine, particulière, celle des compétitions et solidarités dans un monde
particulier, celle d’un combat pour une
responsabilité accrue des travailleurs dans le contrôle de leurs
conditions d’existence dans un milieu donné. Selon les conjonctures, cela
peut conduire à une composition différente de ses forces comme puissances
de contestation ou de participation. Ensuite la
lutte syndicale n’est jamais
affranchie des tendances qui
travaillent la société. La
mobilisation sociale à travers celle syndicale, le taux de couverture syndical
comme indice du degré d’organisation sociale, ainsi que les problèmes de
représentation en témoignent
largement.
Les
déterminations du champ universitaire, la nouvelle stratégie et les nouvelles
méthodes d’action.
L’orientation néo–libérale qui
domine le monde en général et veut imposer au monde du travail une compétition
au service des puissances de l’argent, l’absence
d’Etat de droit et les tendances
autoritaires qui dominent le champ public en particulier, tout cela se
croisent et se combinent pour limiter la
capacité des citoyens et des travailleurs à
s’organiser, à résister et à défendre
leurs droits. Sous l’effet de telles déterminations, pour accroître sa
puissance, son autonomie, l’action
syndicale ne pourra être pertinente que dans le cadre de fronts
sociaux et politiques. On ne pourra cependant les créer ou les imposer par
le haut. L’action syndicale assume toujours une part de la transformation sociale quoique de manière extrêmement modeste et
contrastée dans notre cas, étant donné les effets de ces mêmes déterminations.
Cela s’exprime dans la conjoncture
actuelle par une tendance à réduire la représentation sociale à sa simple
expression : afin de ne pas être dépossédé de leurs appareils, les
mouvements sociaux ont tendance à réduire ceux-ci et leurs prérogatives à
leur plus simples dimensions. C’est que la transformation sociale se mène
dans une conjoncture particulière.
La société peut être parcourue
par des mouvements dont elle a du mal à prendre conscience elle–même, parce
qu’il peut lui être interdit de participer à leur composition de manière
explicite.
Les mutations du champ universitaire ont une double incidence sur la
stratégie du CNES et sur la vie syndicale. Un certain chaos encourage certaines forces et en disperse d’autres. Il est
manifeste que l’ordre imposé au champ
universitaire a pour principale caractéristique de vouloir distraire
le travailleur et le pédagogue qu’est l’enseignant, de ses missions
sociales principales. Avec le développement de l’université et
l’ordre qu’il tend à imposer, la stratégie
syndicale doit s’enrichir de nouveaux maillons, de nouvelles méthodes d’actions.
C’est donc avec l’ensemble de ces déterminations (tendances néo–libérales
internationales, autoritaires nationales, sociales et universitaire) que
l’action syndicale doit composer afin
de servir la fin qui la justifie. Elle doit faire face au monde tel qu’il
se donne à elle , elle doit se déployer
, s’adapter et s’y investir en vue de le transformer.