L’implication de L’Université et des universitaires dans la vie
politique et sociale de l’Algérie remonte au temps de la colonisation.
En effet, nous retrouvons dès les années 1930 des Universitaires dans les
rangs du mouvement National Algérien Moderne. L’Intrusion de l’université
dans l’histoire se fera par la grande porte, notamment le 19 Mai 1956,
à l’appel de l’UGEMA qui verra les étudiants rejoindre en masse les
rangs de la révolution Algérienne. A
l’indépendance, c’est l’UNEA qui reprendra le flambeau pour défendre la
démocratisation de l’Université et la rupture avec l’Université coloniale ;
le mouvement des enseignants était très faible dans les années 1960, car la
majorité des enseignants Universitaires était des coopérants. C’est la réforme
de l’Enseignement Supérieur ( RES) promulguée en 1971 qui permettra
l’arrivée massive des étudiants à
l’Université et le début du recrutement des enseignants Universitaires formés
après l’indépendance. Ces enseignants vont en partie se structurer au sein
du SNES-Sup. sous l’égide de l’UGTA dans les années 1970. Mais leur
implication dans les luttes sociales et politiques se fera plus tard en liaison
avec l’aggravation des problèmes socioprofessionnels des enseignants due
à la gestion démagogique et populiste qui sera mise en œuvre durant
les années 1980.
La
première réforme de l’enseignement supérieur des années 1970 s’est
effectuée alors que la communauté des enseignants était non structurée
syndicalement. Cette réforme visait essentiellement la formation massive des
cadres pour répondre aux besoins de la stratégie de développement de l’époque.
Par
la suite, dès les années 1980 les réalités sociales et économiques se sont
imposées aux enseignants à travers des conditions de travail et le problème
du logement.
Contrairement
à l’idée reçue, les enseignants du supérieur n’étaient pas des salariés
privilégiés dans les années 1970-1980 ; ils percevaient des salaires
moyens qui étaient en deçà de ceux des
cadres du secteur économique. S’ils vivaient idéologiquement de l’idée
qu’ils constituaient l’élite du pays, ils en ont tiré beaucoup plus
d’illusions que de privilèges.
De façon souvent isolée, les enseignants du supérieur ont géré des
conflits pour résoudre leurs problèmes. L’organisation syndicale du moment
n’était pas de nature à infléchir le pouvoir
administratif ; celle-ci n’avait pas de statut de négociateur et était
piégée par l’appareil syndical et
le système des commissions de travail sans aucun caractère exécutoire.
Octobre 1988 constitue une date charnière de l’histoire des luttes démocratiques
et sociales ; la relative ouverture des champs politique, syndical et
associatif qui s’en est suivie permettra aux enseignants du supérieur qui
cherchaient des cadres syndicaux autonomes et démocratiques de jeter les
premier jalons d’une structuration spécifique.
La dégradation dramatique des
conditions de travail des enseignants du supérieur du début des années 1990 débouchera
sur la première grève à caractère national ; elle a donné naissance au
CNES. Le CNES naîtra d’un mouvement de protestation
à la base qui a touché
toutes les universités, et qui a produit une plate-forme revendicative unitaire
en 1991 et obtenu des augmentations salariales. Crédibilisée d’un tel succès,
la coordination enseignante de la grève constituera la première structure du
CNES qui aura son agrément en janvier 1992.
C’est le mardi 26/11/1991 que les enseignants universitaires seront
matraqués et insultés par les forces de police, durant un sit-in pacifique,
organisé devant le palais du gouvernement à l’appel du conseil national, et
cela malgré l’accord verbal du premier ministre de l’époque, autorisant le
rassemblement.
Depuis le premier congrès et afin de capitaliser les luttes sociales des
enseignants, la célébration du 26
Novembre comme Journée Nationale de
l’Enseignant Universitaire est
devenue une tradition.
Pendant
un an, le CNES maintiendra une activité sérieuse malgré un fonctionnement
disparate et des erreurs d’appréciation qui lui coûteront sa crédibilité.
La démobilisation et le contexte sécuritaire aidant, le CNES à travers son
bureau national et son secrétaire général, maintiendra une activité, des réunions
dans des conditions très peu syndicales. La dérive
du CNES prenait forme très vite, malgré l’effort de création de
sections locales, pour déboucher sur ’’l’épisode
CNT’’ où le secrétaire général du CNES de l’époque prendra place au
CNT au nom du CNES en violation des statuts de celui-ci, mais avec l’accord de
quelques membres du bureau national d’alors, et qui bénéficieront à leur
tour de postes administratifs et politiques privilégiés. Cette dérive du CNES
sera une aubaine pour le MESRS dont le Ministre, habitué pendant plus de trois
ans à certains syndicalistes du bureau national discrédités et peu
revendicatifs et surtout très loin de la base enseignante, tentera de faire
suivre le même scénario pendant la grève des 3 mois de 1996, en pensant
que la manipulation suffisait à diviser et à enterrer le mouvement
revendicatif.
Les autres membres du bureau national du CNES vont
s’efforcer de redresser la situation organisationnelle du syndicat et de
relancer la démarche revendicative à travers des préavis de grève et des
rencontres avec les pouvoirs publics. Dans ce contexte, le conseil national réuni
à Constantine en 1994, va suspendre le secrétaire général du CNES et geler
le bureau National de celui-ci.
L’appel (du 11 Novembre 1996) de l’ex secrétaire général du CNES
obéit à la même logique manipulatrice des autorités ; fait en solo et
au mépris des règles élémentaires du fonctionnement du syndicat, il donnera
lieu à la destitution de l’ex secrétaire général par le conseil national.
Le mouvement de grève qui a débuté
le 15 Octobre 1996 va entraîner une implication considérable de la base
enseignante et engendrer une mutation du fonctionnement du syndicat ; désormais
il sera dirigé par les assemblées générales des établissements en grève,
coordonnées par le conseil national.
Cette grève qui a été jusqu’alors la plus longue mais aussi la plus
unitaire , mobilisant plus de 54 établissements universitaires et 15000
enseignants du supérieur tous grades confondus a su, par la détermination de
la base enseignante, par le fonctionnement transparent et démocratique du
mouvement et par l’élection d’une direction collégiale (3 porte-parole,
commission des 21, conseil
national), interpeller fortement les pouvoirs publics et mettre en relief très
nettement l’incapacité du MESRS et de ses responsables à prendre en charge
les graves problèmes de l’enseignement supérieur. Cette
grève a démontré, plus que jamais, que la dévalorisation sociale de
l’enseignant et du secteur du supérieur de façon plus générale, n’était
pas une erreur ponctuelle mais une politique de marginalisation de l’Université.
Cette grève a montré aussi que le
légalisme prononcé du CNES et des ses représentants dans sa démarche
revendicative a mis en évidence combien
les pouvoirs publics et le ministère de tutelle étaient prêts à tourner le
dos aux lois sociales et syndicales pour briser un grand mouvement de
protestation pacifique, organisé et porteur d’une éthique syndicale nouvelle.
L’épisode du ‘’protocole
d’accord’’ proposé par le MESRS, au nom de « l’Etat
dans sa pérennité » ne fut en réalité qu’un revirement de façade
des pouvoirs publics puisque dans les faits, après la proposition d’un
protocole d’accord par le CNES, le ministre refuse de signer avec ce dernier
tout document comportant des engagements écrits du gouvernement et
d’entreprendre quelque négociation que ce soit avec le CNES. Par cette
attitude, c’est le statut même de
partenaire social qui est refusé à notre syndicat, en violation de la loi.
Le mouvement de grève résistera à toutes les manœuvres, intimidations
et menaces orchestrées par les pouvoirs publics et relayée par les médias de
l’Etat. Mieux, c’est pendant cette phase de matraquage systématique que le
mouvement des enseignants a été plus fort et a attiré la sympathie de la société
civile (syndicats autonomes, personnalités culturelles, organisations
estudiantines, commerçants, entrepreneurs…), avec laquelle plusieurs ponts
ont été jetés et qui contribueront sur le plan moral et logistique à
prolonger la résistance, en particulier face au chantage
alimentaire et l’interdiction d’activité syndicale dans les enceintes
universitaires.
L’entêtement des pouvoirs publics à vouloir casser le mouvement de grève,
se traduira encore par la mise en scène d’un interlocuteur
préfabriqué et sur mesure, pour aboutir
à la signature du protocole d’accord ANPMC-bis, protocole vidé de tout engagement. Par ailleurs le
ministère avait tenté d’exploiter de multiples tentatives de médiation
initiées par certains recteurs. La volonté délibérée du MESRS de pousser le
conflit vers une logique de confrontation traduisait clairement l’inquiétude
de ceux qui étaient habitués à un
syndicalisme maison, où la revendication sociale se diluait dans des consensus
douteux, loin de toute appréciation de la base syndicale ou sociale.
Dans sa réunion du 05 et 06 Janvier
1997, le conseil national du CNES a proposé aux assemblées générales
le principe de la suspension de la grève avec comme préoccupations d’éviter
une confrontation frontale avec les pouvoirs publics, d’éviter l’année
blanche pour les étudiants et ses conséquences fâcheuses sur l’accès des
futurs bacheliers et de sauvegarder l’université.
Cette proposition a
recueilli l’aval de la majorité des assemblées générales en grève et la
suspension de la grève , à partir du 13 janvier 1997, a été officiellement
confirmée par le conseil national.
Après la suspension de la grève, le principe de la tenue d’un premier
congrès avant la fin de l’année universitaire 96/97 a fait l’unanimité
au niveau des assemblées générales et au sein du conseil national. Dans cette
perspective, la date limite de l’élection des sections syndicales et de leurs
représentants au conseil national est fixée au 22 mars 1997.
Le CNES et les enseignants ont su résister, de façon démocratique et
unitaire, à trois mois de manœuvres,
de désinformation, de harcèlements et de menaces autoritaires dans un combat
inégal où le respect des lois était devenu secondaire pour le MESRS et l’administration universitaire.
C’est fort de cette résistance
et de cette première grande expérience
du combat sur le terrain que le CNES a défini lors de son premier congrès
ses grandes valeurs identitaires et
s’est attelé à organiser méthodiquement son avenir et les luttes des
enseignants universitaires..
Le
mouvement de grève a opéré une rupture
radicale dans l’identité et le fonctionnement du CNES, et son caractère
national et démocratique a engendré un formidable élan de sympathie auprès
de l’opinion et a permis le développement de multiples ponts avec la société
civile.
Le
premier congrès a été tenu sans aucune aide des pouvoirs publics ;
le ministre de l’enseignement supérieur, invité, n’a même pas daigné
entrer dans la salle où se déroulaient les travaux. Ce premier congrès du
CNES a été surtout celui des animateurs de la grève des 03 mois. Jouissant de
la confiance de la base, ils ont su traduire les attentes des enseignants en un
programme d’action et un statut qui exprimaient correctement les
revendications de la grande majorité des enseignants du supérieur et les
contours de la structuration syndicale au triple plan de l’éthique, de la
stratégie et de l’organisation. Le congrès a élu démocratiquement les dix
(10) membres du bureau national, en application des normes statutaires. Le
conseil national du syndicat a poursuivi la mise en place de l’exécutif
national du syndicat (élection des 05 membres restants) et des coordinations régionales,
de même qu’il a élaboré le règlement intérieur du CNES avec la ferme
volonté de concrétiser les
principes de démocratie, de
transparence, d’équilibre et d’unité dans les structures et le
fonctionnement du syndicat.
Durant
l’année universitaire 1997-1998 l’exécutif national du CNES s’est efforcé
de convaincre la tutelle et les pouvoirs publics de répondre aux revendications
nationales des enseignants et de respecter les engagements solennels pris par le
ministre de tutelle précédant au nom de «la pérennité de l’Etat ».
Au début du second semestre de l’année universitaire, le conseil national du
CNES décide de recourir à la grève
si les pouvoirs publics persistaient dans leurs refus de négociation avec le
syndicat en vue de répondre aux revendications qualifiées de façon redondante
de «justes et légitimes » par les pouvoirs publics eux mêmes, mais systématiquement
ignorées dans la pratique par ces mêmes pouvoirs publics.
A la même période le ministère de l’enseignement supérieur organise les «journées de concertation inter-universitaires » pour plébisciter les orientations stratégiques décidées en haut lieu en direction du secteur de l’enseignement supérieur. La délégation du CNES, qui a assisté aux premières journées, a dénoncé cette démarche de «fausse concertation » qui n’a d’autres objectifs que de cautionner des décisions déjà prises. Le CNES et d’autres syndicats du secteur dénonceront par avance (et n’y participeront pas) les autres journées organisées par la tutelle dans la même logique sournoise et décorative, dont les objectifs sont de préparer dans l’ombre les instruments d’encadrement législatif et réglementaire de la stratégie de démantèlement du service public de l’enseignement supérieur. Face aux sollicitations du CNES et aux revendications nationales des enseignants, et au lieu d’une démarche honnête et responsable à l’égard du partenaire social, le ministre de tutelle a préféré les louvoiements et les manœuvres.
En
effet, le ministre de l’enseignement supérieur a d’abord envisagé la
possibilité d’une revalorisation salariale à compter d’Avril 1998, avant
de se dérober à la séance de travail programmée avec le bureau national du
CNES pour le 25 Juin de la même année.
Le bureau national n’avait alors d’autre choix que de mettre en œuvre la décision du conseil national du syndicat «d’envisager une grève nationale pour la rentrée universitaire 1998-1999 ». Les adhérents se sont prononcés massivement pour la grève ouverte et le préavis de grève déposé pour prendre effet à partir du 17 Octobre 1998.
La nature manœuvrière et antisyndicale des pouvoirs publics va se révéler pleinement dans la stratégie de gestion du conflit social dés le dépôt du préavis de grève par le CNES. Au lieu de négocier avec le syndicat, le ministre de tutelle annonce en grande pompe quelques mesures concernant le logement et l’élargissement du bénéfice de la prime d’encadrement aux maîtres assistants. Constatant que ces mesures sont jugées insuffisantes au niveau des assemblées générales des sections d’établissements qui ont, de ce fait, confirmé la décision de grève ouverte, le ministre concède enfin de rencontrer le bureau national du syndicat le 10 Octobre 1998, pour lui opposer un refus catégorique de toute mesure supplémentaire, même symbolique. Les questions de la revalorisation salariale et du statut spécifique sont renvoyées aux calendes grecques d’une hypothétique révision du statut de la fonction publique et du vote de la loi portant orientation universitaire dont le projet prévoit un glissement catégoriel. Le reste de l’histoire de la grève qui a duré quatre mois et demi est connu du grand public : chantage alimentaire y compris durant le mois de Ramadhan et l’Aïd, entêtement à refuser toute négociation avec le CNES en violation des lois sociales et syndicales, transformation de la circulaire interministérielle régissant les retraits sur salaires en situation de grève pour légitimer le blocage des salaires effectué dans l’illégalité ; mise en œuvre de tous les procédés et pressions pour désinformer les enseignants, intimider les élus syndicaux, empêcher l’activité syndicale et casser le mouvement de grève…L’objectif de tout ce scénario, monté sans doute plusieurs mois avant le déclenchement de la grève, était de mettre le CNES dans une situation où il serait désavoué par la base, ce qui reviendrait à le détruire, pour créer les conditions politiques d’une mise en œuvre tous azimuts de la stratégie de démantèlement du secteur de l’enseignement supérieur.
Cet
objectif majeur et inavoué des pouvoirs publics n’a pas pu être réalisé grâce
au sens élevé de la dignité de
milliers d’enseignants qui ont résisté jusqu’au bout à l’arsenal de
voies de faits mis en œuvre par les pouvoirs publics. Face à
l’autoritarisme et au mépris, les enseignants du supérieur, loin de céder,
ont transposé le mouvement de grève dans la place publique et ont tenu si bien
que l’année universitaire a été sérieusement menacée de non validation.
Malgré cette menace les pouvoirs publics ont maintenu leur position doctrinale
de ne pas concéder de victoire à un syndicat autonome. Leur refus de toute négociation
et de toute médiation réelle n’a d’égal que leur mépris vis à vis des
enseignants du supérieur, perçus comme un véritable adversaire du fait même
de leur fonctions et des valeurs qui la fondent et fondent l’identité du
syndicat CNES : le refus de la
soumission et de la compromission et le respect des lois.
A ce titre, en
décidant de ne pas céder au dictât et en acceptant l’arrêt de la CNA, présidée
par un magistrat de la cour suprême, le CNES a donné une leçon de pédagogie
, de dignité et de citoyenneté aux tenants de la décision politique,
mus par la seule fatuité et obnubilés par leurs seules échéances
politiciennes. Ce long et inégal bras de fer a permis aux enseignants du supérieur
de prendre conscience que les décideurs de la politique
gouvernementale font peu de cas des activités pédagogiques et scientifiques
des établissements du secteur et que leur
seul centre d’intérêt consiste dans la gestion des flux, pour réguler
les équilibres quantitatifs d’ensemble entre le système scolaire et
l’enseignement supérieur, par la libération d’un nombre de chaises (appelées
places pédagogiques) suffisant pour accueillir les nouveaux bacheliers.
La fin de la grève ne signifiait pas la fin du conflit avec le MESRS. En
effet, dès la reprise des cours, le MESRS va essayer par tous les moyens
d'annuler les effets de la grève, en essayant de rattraper le temps pédagogique
perdu: intensification du rythme pédagogique, tentative de supprimer les
vacances du printemps, etc.…
Mais la grande bataille pour la pédagogie allait se dérouler au niveau
des tronc communs des sciences de
la vie et de la technologie. En effet ,le MESRS voulait montrer que
sa réforme des troncs communs marchait , même au prix d'un génocide pédagogique
programmé. Le MESRS décida unilatéralement de prolonger l'année
universitaire au 31 juillet 1999, et d'organiser les examens dans la fournaise
du mois de juillet et cela au mépris des normes pédagogiques universelles définies
par l'UNESCO. Le MESRS
voulait rattraper 135 jours en quatre semaines! Le Bureau National du
syndicat réuni au mois de juin 99 appela
les enseignants à réunir les comités pédagogiques et à cesser toute activité
pédagogique à partir du 4/7/99( date officielle des vacances universitaires)
et de rester sur les campus jusqu'au 31 juillet car leur statut de fonctionnaire
les oblige à rester.
Le MESRS tenta par tous les moyens d'organiser les examens mais la
détermination du mouvement étudiant autonome et des enseignants décidés
à défendre leur métier à l'USTHB,l’UMMTO,l’USTO,
l’USBA et ailleurs, vont mettre
en échec le génocide pédagogique programmé et les examens seront reportés
à la rentrée.
Pour la première fois de son histoire, le syndicat à travers le combat
de la pédagogie de l'été 1999,
va poser clairement une nouvelle revendication c'est-à-dire la réappropriation
par les enseignants de leurs prérogatives pédagogiques.
L'autre acquis majeur de la grève
de 135 jours fut les quotas de logements distribués dans la majorité des
villes universitaires et l’achèvement du projet des 804 logements de
Birkhadem à Alger .
Le CNES, en sus de la poursuite de la lutte autour des revendications désormais
classiques (salaires, statut, logement), s’est attelé à la redynamisation
des structures syndicales de base fortement éprouvées par les longs
bras–de–fer et la politique
antisyndicale mise en œuvre par les pouvoirs publics. Il a aussi essayé
d’organiser la résistance à la stratégie sournoise de démantèlement du service
public de l’enseignant supérieur, en attirant l’attention de la
communauté universitaire, de l’opinion publique et des pouvoirs publics sur
la nature de cette politique et ses conséquences désastreuses pour le secteur
universitaire et pour le pays. Ces appels sont restés sans écho de la part des
pouvoirs publics, de même que les mesures urgentes et les recommandations de la
Commission Nationale de la Réforme du Système Educatif
(revalorisation des salaires et statut spécifique) ont été mises sous
le boisseau. Au début de l’année
universitaire 2001-2002, le CNES a décidé de redynamiser l’action
revendicative, en tirant le maximum de leçons de sa riche expérience,
notamment d’élargir son programme de revendications nationales et d’affiner
ses méthodes de lutte. La revendication relative au recrutement de nouveaux
enseignants permanents, la revendication de l’élection des responsables pédagogiques,
la revendication du respect des conventions internationales dans le domaine
social et syndical, la plainte déposée par le CNES auprès du BIT, le recours
à des débrayages courts repartis sur toute l’année, la coordination de
l’action avec d’autres syndicats et l’action de grève de fin d’année
pour toucher le mécanisme de gestion des flux … sont parmi les nouvelles
caractéristiques des luttes syndicales.
Face au mutisme des pouvoirs publics, le Conseil National du 9/10 janvier
2002 décida:
- d'une grève nationale d'une semaine du 9/02 au 14/02/2002,
- le boycott des examens de fin d'année.
Le suivi massif du mot d'ordre de grève d’une semaine qui devait
servir d'action d'avertissement a été accueilli
par le pouvoir avec un silence assourdissant.
Le succès de la grève de
trois jours (14/15/16 avril 2002) avec les syndicats de la fonction publique reçut
le même accueil de la part des pouvoirs publics
Désormais, la voie était tracée pour la grève qui allait se faire durant la période des examens. Après avoir constaté que le mot d’ordre de grève des examens seuls entraînerait une dispersion dangereuse des luttes des enseignants ,le Conseil National (25/26 avril 2002) organise un large débat sur la nature de la grève qui devait être proposée au vote des adhérents et opte pour la grève ouverte à partir du 11 mai 2002, car les examens devaient commencer à cette date dans certains établissements .
La grève débuta le 11 mai 2002 dans la majorité des établissements
universitaires où le vote pour la grève ouverte à partir du 11 mai 2002 a été
organisé. Le CNES a inscrit dans le
cahier de revendications de cette grève non seulement les doléances classiques
(salaires - statut -logement), mais aussi de nouveaux objectifs :
recrutements d’enseignants permanents en nombre suffisant, nouvelles
infrastructures pédagogiques, démocratisation de la gestion (élection des
responsables pédagogiques…) et statut de partenaire social à part entière
pour le CNES .
La grève dura 64 jours (11 mai -
13 juillet 2002) plus dix jours ( 7
septembre - 17 septembre 2002) et atteignit ,dans un nombre notable d’établissements,
le double objectif que le Conseil National lui assigna, comme moyen de pression
sur les pouvoirs publics :
·
blocage du flux d'étudiants
qui est la seule et l'unique préoccupation des pouvoirs public
pour les obliger à satisfaire les revendications des enseignants du supérieur.
·
réappropriation par les enseignants de leurs prérogatives pédagogiques
.
Durant
cette grève, la bureaucratie universitaire (recteurs, vice-recteurs, doyens,
chefs de département) alliée aux
enseignantes et enseignants "briseurs de grève" tenta vainement
durant 45 jours d'organiser les examens et
cela au mépris des normes pédagogiques universelles et en piétinant la loi
90-02. Une fois de plus, l'alliance stratégique
du mouvement étudiant autonome et du syndicat CNES, ainsi que la féroce détermination
des enseignants en grève fit échec au génocide pédagogique programmé
et aux briseurs de grève. Les examens furent reportés à la rentrée, le
temps que les pouvoirs publics répondent aux revendications des enseignants en
grève.
La grève fut suspendue le 13 juillet pour reprendre le 7 septembre, car
le MESRS n'avait pas proposé durant l'été, des réponses concrètes aux
revendications des enseignants en grève. Finalement, le
conseil des ministres du 10/9/2002 annonça
l'augmentation des indemnités pour les enseignants du supérieur, ainsi
que pour d'autres catégories de fonctionnaires, après un simulacre de "négociations"
entre le chef du gouvernement et le syndicat UGTA, syndicat non concerné par la
grève des enseignants du supérieur!
Cela montra une fois de plus, le refus du pouvoir de
reconnaître le pluralisme syndical consacré par la constitution de 1989.
Le Conseil National du 12/13 septembre 2002, après évaluation
de la nouvelle situation crée par l'annonce des augmentations, appela
les AG à voter la reprise des cours à compter du 17 septembre 2002.
La grève du 11 mai 2002 a mis à nu le rôle politique de la
bureaucratie universitaire, par le "quadrillage" de la communauté
universitaire, au profit d’une oligarchie bureaucratique autoritariste et coupée
des réalités du secteur . Il devient urgent pour le syndicat CNES de se battre avec l'ensemble de
la communauté universitaire, pour débarrasser l’université de cette
bureaucratie, vestige des années de plomb et du parti unique, et
la remplacer par une administration
universitaire formée de
responsables académiques élus par les enseignants sur la base d'un programme,
à l’instar de toutes les Universités du monde.
La longueur et l’inégalité des bras de fer entre le CNES et les pouvoirs publics, l’épuisement des énergies syndicales, l’affaiblissement des structures de base qui en a résulté, l’insuffisance des fonctions « organique » - « formation syndicale »(parallèlement à l’effritement de la composante du Bureau National d’une part, et la stratégie antisyndicale tous azimuts des pouvoirs publics, d’autre part, expliquent la lenteur de la restructuration des sections dont les mandats ont pris fin pour la plupart trois années après le premier congrès. Cet ensemble de facteurs explique à son tour pour beaucoup la relative focalisation de l’action du CNES sur les revendications à caractère national sous l’impulsion des instances centrales du syndicat, et un recul relatif des actions autour des problèmes locaux et spécifiques des établissements, ce recul jouant à contre courant de la mobilisation au niveau des sections et du renouvellement des mandats électifs à la base. Cette dialectique explique pour beaucoup les reports successifs, depuis plus de 03 ans, de la tenue du deuxième congrès.
Le CNES doit rapidement opérer les changements et adaptations indispensables (méthodes de travail ,organisation ,affinement stratégique …) pour se redéployer et améliorer sa cohésion et son efficacité .