LE
SYSTEME LMD ET SON ADAPTABILITE EN ALGERIE POUR
LA
FORMATION DES LICENCES EN TECHNOLOGIE.
Par :
H. MOULAI et A. NACER
U.
S.T.H.B – ‘’ I.T.S ‘’, B.P 32 Bab Ezzouar, ALGER 16111.
RESUME :
Ce travail présente les définitions de base concernant le système de
formation universitaire : Licence- Master – Doctorat (LMD) et les
objectifs principaux le caractérisant. Nous allons tenter de discuter la
possibilité de son application en Algérie dans le domaine de la formation des
licences en technologie.
ABSTRACT:
This work introduces the basis definitions about the new system of university formation : License- Master-
Doctorate, commonly named LMD, and the main goals characterizing it. We are
going to attempt of discussing the possibility of its application in Algeria in
the field of the formation in applied technologies.
INTRODUCTION :
Le système LMD (Licence Master Doctorat) est basé
sur le principe où chaque niveau d’études est atteint par l’acquisition de
crédits connus en Europe sous l’abréviation ECTS ( European Crédit Transfer
System) et non plus par la validation d’années d’études. La licence
correspond à 180 ECTS et le Master à 120 ECST après la licence. Chaque
semestre d’études compte pour 30 crédits ECTS [1].
1 crédit ECTS correspond à 20 h de travail (encadré
(Cours, TD et TP) + personnel) et l’unité d’enseignement ’UE’
correspond à 6 Crédits ECTS soit environ 120 h de travail.
L’Europe s’est engagée dans la voie de
l’uniformisation de ses programmes de formation universitaire à partir de la
réunion de Sorbonne en Mai 1998 [2]. L’architecture du système LMD est définie
pour la France par les décrets du 8 Avril 2002 et les arrêtés des 29 et 30
Avril 2002 [4]. Il est mis en application à la rentrée 2002/2003.
Cependant, le système d’unités d’enseignement et de capitalisation
des modules, était déjà opérationnel en France pour la formation du DUT
(Diplôme Universitaire de Technologie) (2 années à temps plein) dans les IUT
(Institut Universitaire de Technologie) bien
avant le lancement du système LMD [3].
Le
lancement du système LMD a été une occasion offerte aux spécialistes
d’introduire certaines matières, options, voire spécialités émergeantes,
ce qui a permis de faire passer le nombre de spécialités de 25 à 46 licences
en France, dans le domaine de la technologie [4]. A l’USTHB, le nombre
d’options en génie électrique pour la licence professionnalisante était de
2 pour la formation du DEUA (Diplôme d’Etudes Universitaires Appliquées
correspondant à Bac + 3) ; il est proposé à passer à 9, à partir de la
rentrée 2004/2005.
Les modalités de formation LMD sont diverses : présentielle, par alternance, à distance et en ligne [4].
CARACTERISTIQUES DU SYSTEME LMD :
Les
caractéristiques du système LMD sont [1] :
-
Transversalité de la formation de base
en 1ére et 2ème année de Licence.
-
Souplesse dans la formation (cursus souples)
-
Réorientation si nécessaire tous les semestres ( non par année)
+
Les étudiants en difficultés en S1 auront
la proposition de suivre un S2
particulier dit DCS (Développement de compétences scientifiques) pour
permettre un redoublement réussi, une réorientation au sein de la licence ou
dans une formation voisine BTS, IUT) [1].
Les UE sont capitalisables et transférables.
Il
y a [1] :
-
Les UE obligatoires ‘’Fondamentales’’
-
Les UE (X) au choix soit pour diversifier soit pour approfondir les
connaissances spécifiques.
-
Les UE ‘’d’ouverture’’ à des domaines très divers tels que :
-
L’histoire et la philosophie des sciences
-
Les enjeux de société
-
Sport, culture, Engagement associatif
-
Langues
-
Culture Scientifique
OBJECTIFS DU SYSTEME LMD :
Tout en conservant à la formation des étudiants une
forte polyvalence indispensable à l’exercice de leur futur métier et à leur
adaptabilité, une certaine spécialisation est rendue possible par
l’existence de plusieurs options [5]. L’enseignement correspondant à ces
futures activités potentielles ne doit pas conduire à un savoir ‘’encyclopédique’’,
mais il doit familiariser les étudiants aux méthodes d’observation, de
raisonnement d’analyse et de synthèse ainsi qu’aux procédés de recherche
de renseignements qui leurs permettront de mener à bien les taches, très
diverses qui pourront leur être confiées. Il conviendra de dispenser cet
enseignement en s’appuyant, si possible, sur des projets réels en cours de réalisation
[5]. Il vise à l’essentiel : faire acquérir aux étudiants des méthodes
de travail et de raisonnement autant que des connaissances, des principes de
mise en œuvre et des procédés plus que des recettes. Toutefois, cette
formation doit également permettre certaines poursuites d’études aux étudiants
qui en manifesteront le désir et
en auront les capacités [5].
Un
des principaux objectifs du système LMD en Europe pour les licences
professionnelles concerne la mise en place d’une pédagogie active, projets
tuteurés et stages intégrés au cursus afin d’en faire de véritables outils
pédagogiques [4]. Il est regrettable de constater que les nouveaux programmes
proposés dans le cadre du système LMD (en Algérie) ont été simplement
confectionnés de manière hâtive, sans aucune implication des acteurs économiques
les plus importants (fournisseurs d’emploi) .
Pour
l’Europe, cette réforme est un élément permettant [4] :
-
d’avancer sur le chemin de
l’Europe des citoyens, c’est à dire offrir une meilleure lisibilité aux étudiants
et favoriser leur mobilité pendant les études.
-
Participer à l’harmonisation des niveaux d’insertion professionnelle
en proposant aux entreprises et aux administrations un cadre européen plus
simple.
Ce
nouveau cadre a vocation d’offrir des voies de sortie vers les métiers aux
trois niveaux prévus (L, M et D) [4].
LE TUTORAT :
C’est
un élément fondamental pour la réussite de cette réforme. C’est
malheureusement un des points faibles de l’université algérienne qui est déjà
loin de répondre aux normes internationales en matière d’encadrement [6]. De
plus, un enseignant apte à enseigner une matière théorique en salle de cours
ne l’est pas forcément quant il s’agit de tutorat, notamment lorsque l’étudiant
rentre en période de stage ou de projet. Il est temps que l’université
reconsidère ses relations avec le tissu économique et industriel activant dans
notre pays, en mettant les mécanismes incitatifs d’un partenariat durable et
en ouvrant ses portes aux ingénieurs qualifiés des entreprises pour participer
dans les taches d’encadrement et de tutorat.
DISCUSSIONS :
PREALABLES A LA REUSSITE :
Avant d’entamer toute réforme, il y a des préalables
à réaliser qui passent par une évaluation du système à changer,
l’identification de ses carences et essayer ensuite de trouver des
explications. Pour ce qui concerne le système de formation universitaire Algérien,
très peu de responsables se sont inquiétés sérieusement sur les taux d’échecs
effarants et la forte déperdition enregistrés dans les campus universitaires.
Les débats s’écourtent à mettre en cause les carences linguistiques des étudiants
et leur faible niveau de base.
Un autre préalable consiste à définir exactement
les besoins à long terme et les orientations stratégiques du pays ainsi que
les besoins essentiels du tissu social, économique et industriel. Ceci ne peut
être fait par les universitaires seuls. Il est temps que les pouvoirs publiques
changent leur appréciation vis à vis des missions de l’université et des
universitaires. Ce ne sont plus uniquement les partenaires sociaux auxquels il
faut accorder une certaine part, assez souvent durement arrachée, de la rente pétrolière ;
il faut les impliquer et les associer directement dans la politique de développent
du pays et en faire les éléments moteurs dans sa réalisation.
Il
est indispensables que les programmes de formation soient l’œuvre conjointe
des universitaires et des industriels, opérateurs économiques et organismes
sociaux les plus importants, en les orientant de telle sorte à assurer en même
temps, connaissances , savoir et métier. La formation actuelle est beaucoup
plus basée sur l’acquisition des connaissances et la recherche prend un
aspect de plus en plus théorique. Il est temps d’orienter la formation
universitaire et la recherche vers d’autres débats et modes d’évaluation.
La formation devrait non plus être évaluée par le nombre de diplômés mais
par le degré d’intégration de ces derniers dans le tissu économique, et la
recherche par le nombre de brevets, d’expertises ...etc. Une attention
particulière est à accorder à la part de la recherche appliquée dans
l’activité des universités et leur degré d’intégration avec les
partenaires économiques et sociaux. Il est vrai que le tissu industriel actuel
n’est plus ce qu’il était durant les années 70, laquelle période avait
grandement besoin de ces réformes.
D’autres
éléments de réussite de toute réforme, ce sont la sensibilisation et
l’information : On constate une totale inexistence, que ce soit en direction
des enseignants appelés à assurer sa mise en œuvre que des étudiants qui
devront suivre un cursus universitaire dont les mécanismes diffèrent
totalement des précédents. Ceci est un signe de légèreté avec laquelle
cette réforme est entamée, ce qui laisse assez sceptiques le corps enseignant
et la communauté estudiantine vis à vis de cette réforme.
De plus, les européens vont vers un système de tutorat
d’accompagnement et de soutien auprès de chaque étudiant, alors que les
moyens matériels et humains mis en place localement sont à peine suffisants
pour assurer une formation sommaire. Des voies officielles se sont parfois
prononcées pour la suppression des projets de fin d’études et de leur
soutenance afin d’éviter les tracasseries relatives à la programmation et à
la gestion de l’accès au campus des différents invités à ces cérémonies.
D’autre
part, si la note d'orientation relative à la mise en œuvre de la réforme des
enseignements supérieurs [7], mentionne une subvention de 60 millions de dinars
par option nouvellement créée, il est loisible de constater qu’à la veille
de l’application du système LMD, rien n’indique la venue de cette aide.
Pire encore, les quelques département et instituts engagés comme pilotes pour
la mise en place de cette réforme, ne sont que des structures sans moyens et
sans existence légale, souvent greffées en appendices des grands départements
de cycle long ou des rectorats. Ils servent parfois de purgatoire pour les
enseignants indésirables dans les cycles supérieurs ou de tremplin pour gagner
des heures complémentaires pour d’autres.
On
constate également qu’aucune réunion de coordination à l’échelle régionale
ou nationale n’est tenue entre les différents groupes de travail chargés
de préparer les programmes , en dehors du séminaire organisé par l’UFC [8]
les 15, 16 et 17 Juin 2004, qui est tout de même insuffisant pour sceller les
programmes d’une réforme pouvant engager l’avenir de la formation
universitaire pour une très longue période. Cependant, il y a lieu de reconnaître
que c’est une des rares fois que les pouvoirs publics se lancent, à temps, et
de manière franche dans un processus de réformes
Cette
réforme porte des objectifs nobles où elle admet clairement la valorisation du
travail extra présentiel que chaque étudiant doit fournir. De même qu’elle
présente une souplesse permettant à l ‘étudiant de choisir le parcours
convenable le menant vers un métier. C’est un moyen de lutte contre l ‘échec
scolaire. Cette expérience peut étre vécue très favorablement des deux cotés,
tant de celui de l’étudiant qui se sent soutenu dans son parcours que celui
de l’enseignant qui élargit son rôle et éprouve un réel plaisir à exercer
ces nouvelles fonctions [9]. Cependant, la forte densité d’étudiants ne
permet pas facilement d’établir et de gérer des emplois du temps personnalisés
pour chaque étudiant en fonction du parcours qu’il a choisi.
La
part des comités pédagogiques dans la gestion de la scolarité des étudiants
est équivalente à celle d’un département actuel.
La
gestion de cette réforme incombe à trois comités :
-
Le comité pédagogique
-
Le comité d’accueil, d’orientation et d’encadrement pédagogique
(CAOEP)
-
Le comité d’études et de l’innovation pédagogique (CEIP)
PROGRAMMES :
Ce système est le bienvenu dans le sens où cela représente
une opportunité pour remettre à jour des programmes de formation dont le
contenu est souvent vieux de plus de 10 ans
et aussi pour introduire de nouvelles techniques voir options qui se sont
imposées sur le terrain économique et industriel.
Cependant, ce qui est
introduit comme étant une licence en technologie est globalement proche de la
formation du diplôme d’études universitaires appliquées DEUA dont la durée
est de trois années, à la grande différence que ce dernier est basé sur un
système d’évaluation annuel. Ce dernier a également la grande spécificité
d’être à la fois académique permettant à plus de 10% des sortants de
poursuivre des études d’ingénieur, voire de doctorat, et aussi au reste des
diplômés de s’intégrer très rapidement dans des secteurs économiques et
industriels divers. D’autres sont allés jusqu’à créer leur propre
entreprise.
La première question qui
se pose est de savoir si les universités algériennes sont en mesure de gérer
administrativement un nombre d’emplois du temps multiplié par deux, ce qui
représente un pari déjà matériellement difficile et dont les
administrations, ‘’longtemps habituées à la farniente du système
annuel’’, auront du mal à accepter.
De plus, la scission de la
licence en deux formules totalement différentes, à savoir la licence
professionnelle et la licence académique risque de produire des diplômés
‘’unijambistes’’ complémentaires, c’est à dire l’un trop pratique
dont le profil pourrait être assimilé à celui d’une formation
professionnelle et l’autre purement théorique ne pouvant pas, au terme de la
licence, s’intégrer dans le milieu économique et industriel. L’autre
crainte [10], est la perte du
caractère national de ces diplômes, du moins pour ce qui concerne les licences
professionnelles, pour répondre à une formation à la carte aux besoins du
tissu économique et industriel local. Ceci peut être une bonne exception qui
permettra à l’université de trouver certaines sources de financement, mais
jamais la règle. Ce caractère national peut être préservé en
multipliant les options de telle sorte à ce que chaque région puisse trouver
celles qui sont spécifiques à son activité économique. Toujours est il
qu’il faut définir les besoins des opérateurs nationaux. A l’heure
actuelle, les programmes de formation sont confectionnés à l’intérieur des
campus universitaires, sans aucune association des principaux recruteurs de nos
diplômés.
EQUIPEMENTS :
Il faut non seulement équiper
les laboratoires de moyens didactiques pour une formation pratique de haut
niveau en conformité avec les besoins nationaux en matière industrielle
économiques et sociale; mais aussi de moyens de réalisation de prototypes, de
produits nouveaux, pouvant intéresser les industriels, opérateurs économiques...
Aujourd’hui, elle doit non seulement donner des connaissances mais surtout
transmettre un savoir, offrir un métier à nos étudiants et créer de nouveaux
produits, processus, techniques... Un préalable à cela, c’est la prise de
conscience et la volonté des pouvoirs publics de donner les moyens à ce cycle
de formation qui lui permettront de répondre efficacement aux besoins des PME/PMI.
Il faut cependant avouer que ce cycle de formation a été à l’origine créé
sans aucun moyen, dans le but essentiel est de réguler les flux et d’absorber
les ‘’mauvais étudiants’’.
FUITE DES CERVEAUX :
Par rapport, à ce problème
mondial, il n’est plus nécessaire de se lamenter du fait que cela va
faciliter la ‘’cueillette’’ des fleurons de l’université algérienne
et leur intégration dans les laboratoires de recherche et industries européens.
La seule parade à cela est la prise en charge sérieuse des chercheurs
nationaux.
BIBLIOGRAPHIE :
[1] http://dsu-net.ujf-grenoble.fr/
[2]
www.cpu.fr
[3] Le BO, France, No 7, 30 Juillet 1998, P 96-114, Hors série,
‘’Programme pédagogique National – Génie électrique et Informatique
industrielle’’.
[4] R. CHIGNOLI, ‘’ Cursus européens à Bac + 3 dans le domaine des STIC : Le Projet des IUT, Septembre 2002.
[5] Le BO, France, No 7, 30 Juillet 1998, P 120-148, Hors série,
‘’Programme pédagogique National – Génie Civil’’.
[7]
Note d'orientation relative à la mise en œuvre de la réforme des
enseignements supérieurs, (http://www.mesrs.dz)
[8]
Université de la Formation Continue, 3émes Assises Pédagogiques Nationales,
15, 16 et 17 Juin 2004 ; B.U. El Hamma, Alger.
[9]
M. ABED et M. OURAK, ‘’ Réforme LMD et nouvelle architecture des fonctions
en sciences et techniques dans une université pilote’’ Mourad.Abed@univ-valenciennes.fr
; Mohamed.Ourak@univ-valenciennes.fr
[10] F. CHERBAL,
‘’ La réforme LMD et
l'université algérienne: les vrais enjeux’’, El Watan, 4, 5 et 6 Septembre
2004.