Articles du journal Liberté


Nacer Djabi, sociologue À LIBERTÉ du 12/01/2005: « L’Algérien moyen n’adhère pas aux réformes ».

Les enseignants de l’université de Bab Ezzouar dénoncent:“Non aux zones de non-droit à l’Usthb”

M. Boukaroura, coordinateur du CNES, à propos de la rentrée universitaire“C’est la panique au niveau de la tutelle” (03/10/2004).

La rentrée universitaire a été entamée officiellement hier :Le conseil du CNES de Tizi Ouzou dénonce (03/10/2004).

Editorial du 03/10/2004 "Vivement la rentrée 2005-2006 !" Par Mustapha Hammouche.

Faculté centrale d’Alger: L’embarras des étudiants (03/10/2004).


Nacer Djabi, sociologue À LIBERTÉ
 « 
L’Algérien moyen n’adhère pas aux réformes »
Entretien réalisé par Hafida Ameyar

Auteur de Une sociologie de grève en Algérie et de L’Algérie, du mouvement ouvrier et syndical aux mouvements sociaux, Nacer Djabi est enseignant et chercheur. Il compte publier début 2005 la bibliographie de Lakhdar Kaïdi, l’ex-secrétaire général de l’Union générale des syndicats algériens.

Liberté : M. Djabi, quel bilan faites-vous de la situation du monde du travail en Algérie ?
M. Nacer Djabi : D’emblée, je dirais que le monde du travail est en position défensive. De nombreux indices le montrent tels que le manque de combativité du monde du travail, la dispersion des forces et l’absence de stratégie claire, ouvrière et syndicale. Nous sommes encore dans une période transitoire qui enregistre une précarité de la société, l’entrée de nouvelles vagues d’ouvriers et d’ouvrières dans les rangs de la classe ouvrière, sans couverture syndicale ou légale, l’apparition de nouvelles formes de travail où les victimes sont les jeunes travailleurs, les femmes aussi, avec ou sans formation, avec ou sans qualification. Cette position défensive dure depuis déjà quelques années, elle a prédominé en 2004 et risque de se maintenir pendant l’année 2005 s’il n’y a pas de nouvelle stratégie syndicale construite sur une base démocratique et transparente.

Peut-on affirmer aujourd’hui, au regard de la situation du secteur public économique, que le monde du travail a connu de profondes mutations en Algérie ?
Oui, beaucoup. Mais, on ne les connaît pas malheureusement. L’appareil statistique national est encore défaillant, et il y a peu de réflexion sur par exemple l’informel et le travail féminin qui progressent pourtant en Algérie. Dans certains secteurs, on a du mal à distinguer entre la prostitution, le harcèlement et le travail. Le privé lui-même, par certains de ses aspects, est de type capitaliste sauvage. C’est un privé familial, très archaïque et paternaliste. Nous assistons finalement à un grand paradoxe. Au moment où l’avenir économique de l’Algérie repose sur le privé, ce dernier ne reconnaît pas le travail syndical, ni le syndicat comme partenaire. Comme si l’Algérie revenait à la période du capitalisme sauvage.

Sur le plan des lois sociales, il y a eu des changements à partir de l’année 1990. Il y a donc mutations y compris au niveau des lois sociales…
La tendance globale, c’est la précarité, l’informel, le travail au noir. Même le secteur public adhère à cette histoire. Quand on voit ce qui se passe actuellement dans le Sud algérien, avec ces entreprises liées au pétrole… jusqu’à présent, on ne sait pas ce qui se passe exactement dans le Grand-Sud dans le domaine des contrats de travail, des salaires, des conditions de travail, des droits, etc. C’est un no man’s land. C’est presque une zone de non-droit.

Concrètement, qu’est-ce qui a changé dans le milieu du travail ?
Le salarié a de plus en plus peur, il développe en général des réflexions de défense. Il a peur du licenciement, il craint de perdre son poste de travail, il a peur que son entreprise soit liquidée ou vendue, il a peur de ne pas arriver à affronter l’ouverture sur la mondialisation et les produits importés qui concurrencent les marchandises locales, il a peur aussi parce qu’il est sans couverture syndicale. Le syndicalisme n’a pas su s’adapter aux nouvelles formes et à la nouvelle situation.
Donc, le salarié est sans protection syndicale. Il a en outre peur, car il est de plus en plus sans protection légale. Il a le sentiment qu’il n’a pas d’emprise sur la législation nouvelle… On parle de 50 milliards de dollars, d’une situation économique favorable, de l’arrivée des investissements, mais l’Algérien moyen et l’ouvrier notamment ne voient pas leur situation s’améliorer. L’ouvrier a peur des lendemains ; les informations qui lui parviennent sur la privatisation de l’école, les augmentations des charges du logement, de l’eau, de l’électricité ne font qu’accentuer ses craintes quant à son avenir.

Le gouvernement nous a habitués avec les réunions bilatérales ou tripartites. Ces rencontres font-elles avancer le débat sur les grands dossiers économiques ?
Il y a encore des problèmes au niveau du dialogue parce que le gouvernement ne négocie qu’avec des syndicats sans ouvriers. L’Exécutif a, par ailleurs, choisi jusqu’ici une forme de négociations très centralisée au niveau des états-majors. Des états-majors qui, en général, n’ont pas beaucoup d’emprise sur la réalité des lieux, n’ont pas de relais. Ce sont en fin de compte des négociations qui se transforment en dialogue politique, une sorte de rituel. Lorsque des pressions sociales sont exercées ou quand la situation sociale est un peu difficile, on se réunit pendant deux ou trois jours. Le gouvernement fait semblant de ne pas être d’accord et à la fin tout le monde sort de la réunion comme si de rien n’était… C’est un scénario qui ne marche plus ! C’est du cinéma ! Ce type de négociations centralisées, le choix des partenaires, la non-transparence, la non- participation d’autres éléments, d’autres syndicats plus représentatifs ou partiellement représentatifs dans leur secteur font que ce dialogue devient parfois absurde. C’est surtout pour la consommation extérieure et pour la consommation publicitaire. Normalement, le dialogue se fait avec les gens représentatifs.

Pensez-vous, M. Djabi, que la politique gouvernementale apporte une détente au front social ?
Je pense que le gouvernement n’est pas clair… Il a traîné dans les réformes. On sent qu’il y a beaucoup de blocages à l’intérieur de l’Exécutif et de l’État parce qu’il y a des intérêts à sauvegarder. Un Algérien moyen ne comprend pas pourquoi on ne réforme pas les banques. Il ne voit rien venir en termes d’emplois nouveaux, d’amélioration de ses conditions de travail, de relèvement de ses revenus…
Le fonctionnement opaque des banques fait le bonheur de beaucoup de monde et permet la fuite de capitaux, le blanchiment d’argent, l’émergence de gros intérêts. C’est l’argent public qui va vers d’autres cieux. Je pense que le problème se situe au niveau du gouvernement, de l’État et du système politique.
On a trop traîné, et la grande majorité des Algériens peut s’opposer aux réformes parce que celles-ci restent encore du domaine du discours. Ce n’est pas normal que le gouvernement tarde à privatiser les Souks El-Fellah ni des secteurs déjà programmés. C’est comme si on choisissait le plus pire des moments pour réaliser ce qui était décidé. Mais, le problème de fond est que le gouvernement n’arrive pas à faire adhérer l’Algérien moyen à ses réformes.

Quelles seraient alors les conséquences de ce retard sur l’avenir économique et social de l’Algérie ?
Ce qui est à craindre, c’est qu’on choisisse une période où on n’aura pas les atouts nécessaires et qu’on soit alors obligés de réagir sous la pression extérieure. Cela sans débat, ni discussion, ni adhésion des grands partenaires sociaux : les syndicats, le patronat, l’ensemble du mouvement du travail. On ne s’est pas hélas préparés...

La Centrale syndicale UGTA s’apprête à recueillir les points de vue et propositions de ses fédérations sur la politique de privatisation du gouvernement. La direction de ce syndicat ne cherche-t-elle pas à se dérober à ses responsabilités ?
Ce qu’il faut craindre, c’est de voir un jour l’UGTA travailler de manière virtuelle, c’est-à-dire par internet et par e-mail. Je dis cela parce que la direction de l’UGTA vit déjà dans un monde virtuel et tarde à s’attaquer aux problèmes de fond, comme l’absence de démocratisation du syndicat, le cumul des postes de responsabilité, l’absence d’un journal pour défendre ses positions et sensibiliser la société. Ce n’est pas normal que l’UGTA n’ait pas sa propre littérature sur tout ce qui touche à l’économie et au monde du travail, sur la privatisation, l’Organisation mondiale du commerce, sur ses positions par rapport aux questions de l’heure.
En effet, les gens interprètent cela comme une façon de ne pas s’engager parce que l’écrit demeure un engagement. L’UGTA est devant certains choix. Ou elle disparaît, et ce sera alors une grande perte pour le monde du travail. Ou elle se modernise en s’ouvrant sur le monde du travail réel, en s’implantant dans le privé et les entreprises internationales, en se démocratisant surtout, en rétablissant les contacts avec la société, les couches populaires, etc. Je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi l’UGTA et les syndicats autonomes ne travaillent pas ensemble.

Justement, quel regard portez-vous sur ces syndicats autonomes ?
Globalement, ce sont des syndicats des couches moyennes, des syndicats de corporation qui défendent les intérêts des salariés, des fonctionnaires, qui sentent qu’ils sont dans une position de négociation plus grande et qu’ils peuvent donc négocier mieux qu’à l’intérieur de l’UGTA. Les différents gouvernements qui se sont succédé, à quelques exceptions près, n’ont pas aidé ces syndicats malgré leur grande représentativité, leur sens du combat, les actions qu’ils ont menées et leur jeunesse.
L’Algérie a, ces dernières années, un problème avec ses élites politiques. Soit elles ne connaissent pas le monde du travail et le mouvement syndical. Soit elles ont peur d’eux. Soit elles sont contre le mouvement syndical.
Dans la gestion moderne d’une société compliquée comme la nôtre, les syndicats doivent trouver pourtant leur place, que ce soit l’UGTA ou les autres syndicats.

Que peut-il arriver de bon ou de mauvais aux syndicats autonomes pendant l’année 2005 ?
Très franchement, ces syndicats sont devant plusieurs défis. Réhabiliter le travail syndical et le syndicat, faire adhérer les nouvelles couches de travailleurs au syndicalisme… Il est temps qu’ils sortent de l’étape d’enfance ou d’adolescence pour devenir adultes.
Mais, l’État doit aussi les reconnaître comme des partenaires sociaux à part entière et les aider à travers des subventions, la formation de cadres, l’octroi de sièges, la reconnaissance, etc.

H. A.

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LIBERTE du 17/10/2004

Les enseignants de l’université de Bab Ezzouar dénoncent
“Non aux zones de non-droit à l’Usthb”
Par Rédaction de Liberté

Les enseignants s’élèvent contre “la défiguration” de l’architecture de leur université et “la dégradation” des lieux.

Les enseignants de l’université de Bab Ezzouar, réunis à l’initiative de la section du Cnes, demandent les mêmes avantages que les coopérants embauchés par la tutelle.
Dans une déclaration transmise à notre rédaction, l’assemblée générale des enseignants de l’Usthb informe sur les modalités et les conditions de recrutement des enseignants étrangers par le ministère de l’Enseignement supérieur : “Un salaire mensuel de 60 000 DA et un complément en devises qui varie de 900 à 1 100 dollars canadiens, en plus d’autres avantages matériels (logement meublé, billet d’avion…)”. Elle se réserve le droit d’“exiger les mêmes avantages” que ces coopérants recrutés au Canada.
L’AG dénonce également “la prolifération des zones de non-droit’’, notamment à la faculté de l’informatique et de l’électronique, à la faculté des mathématiques et à l’Institut des études universitaires appliquées, et la gestion “opaque et rentière” de la faculté de chimie. Les enseignants s’élèvent contre “la défiguration” de l’architecture de leur université, “la dégradation” des lieux et “le détournement” des heures supplémentaires, réservées exclusivement à la pédagogie, par l’administration de l’Usthb.
Par conséquent, ils revendiquent “une gestion démocratique” de l’université, le respect de la réglementation et l’augmentation des heures pour l’encadrement des mémoires de fin d’études, ainsi qu’une répartition “équitable et transparente” des stages de formation à l’étranger et des congés scientifiques.

H.A.

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M. Boukaroura, coordinateur du CNES,à propos de la rentrée universitaire
“C’est la panique au niveau de la tutelle”
Par Nabila Saadoune

Les 220 000 nouveaux inscrits dépasseraient, de loin, les capacités d’accueil prévues.

Liberté : M. Boukaroura, vous êtes le nouveau coordinateur du CNES (depuis huit mois) et vous êtes docteur en mathématiques à l’Université de Sétif. Comment se présente, selon vous, la rentrée universitaire ? 
M. Boukaroura : Le minimum que nous puissions dire, en tant que syndicat du supérieur, c’est que la rentrée est très difficile compte tenu du nombre exceptionnel des nouveaux inscrits qui s’élève à  220 000.
Je peux vous assurer que c’est la panique totale au niveau de la tutelle où les responsables ne savent plus où donner de la tête.
Il apparaît clair qu’ils n’avaient pas prévu un nombre aussi important de nouveaux bacheliers.
Il est d’ailleurs déplorable de constater que les préparatifs pour cette rentrée universitaires sont à la limite du bricolage et ceci, malgré les efforts fournis particulièrement en matière de construction des locaux pédagogiques.
Les insuffisantes concernent notamment l’encadrement pédagogique, le manque flagrant de documentation (qualitatif et quantitatif), les travaux dirigés et travaux pratiques, et les stages de formation pour les étudiants.

Que pensez-vous de l’initiative du ministère de l’Enseignement supérieur de renforcer les rangs des enseignants avec des universitaires étrangers ?
Pour être franc avec vous, nous avons très peu d’éléments à ce sujet. Tout ce que nous savons, nous l’avons appris par la presse. Mais, si cela venait à se vérifier, il serait à la limite de la provocation. Le syndicat ne tolérera jamais ce mépris et saura prendre une position officielle en temps opportun. Il faut expliquer, cependant, que nous ne sommes pas contre l’idée en elle-même, en d’autres circonstances. Autrement dit, à la tutelle de prendre des initiatives courageuses, et assumer, en premier lieu, les universitaires algériens présents au pays et encourager ceux qui sont partis à rejoindre les rangs.  mon avis, il est plus judicieux d’améliorer la situation socioprofessionnelle des enseignants algériens au lieu de verser des salaires faramineux à des étrangers. Personne ne pourra accepter une telle offense…

Que prévoit le syndicat dans les jours à venir ?
Depuis une semaine déjà, notre plate-forme de revendications est diffusée à travers tous les bureaux de section. Celle-ci s’articule, entre autres, autour des salaires, le statut, et logements. Il existe, aussi, un autre point tout aussi important selon notre point de vue et concerne l’élaboration d’un plan national qui se pencherait sur les préoccupations du secteur. Nous insistons, à ce propos, sur le fait que l’enseignement n’est pas du seul ressort de la tutelle et que tous les partenaires sociaux devraient s’y impliquer. D’où d’ailleurs, la pertinence de les considérer, une fois pour toute, comme des partenaires à part entière et les associer au dialogue à tout ce qui se rapporte au secteur.  Nous prévoyons, par ailleurs, dans un délai qui n’excéderait pas le 11 octobre, la tenue d’assemblées générales de tous les enseignants adhérents au CNES et ce, pour enrichir la plate-forme des revendications ainsi que toutes les actions à entreprendre. Le syndicat, durant de longues années, a fait preuve d’une grande capacité de mobilisation compte tenu de la justesse de notre cause et il n’est pas question aujourd’hui de baisser les bras. Nous restons, toutefois, convaincu que la voie du dialogue est le meilleur choix pour tous et c’est ce que nous privilégions.  la tutelle d’en tenir compte.

 N S

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La rentrée universitaire a été entamée officiellement hier
Le conseil du CNES de Tizi Ouzou dénonce
Par Samir Leslous

La cérémonie, organisée, hier, à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou pour marquer le début officiel de l’année universitaire 2004-2005 a suscité une vive réaction du conseil syndical du CNES qui, contrairement aux déclarations des responsables de l’administration, a dressé un bilan peu reluisant concernant les conditions de déroulement de cette rentrée. Dans une déclaration rendue publique à l’occasion, le conseil du CNES a contesté de façon virulente les propos du recteur, M. Kahlouche, selon lesquels “les choses se déroulent normalement sur le plan pédagogique à l’Université de Tizi Ouzou”, avant de dénoncer l’attitude de ce dernier qui se veut à la fois rassurant et satisfait quant à la situation actuelle de l’université alors que celle-ci continue, selon le CNES, “de se délabrer et que le laisser-aller et les solutions fictives continuent de prévaloir et surtout qu’aucune perspective crédible ne voit le jour”.
Par la voie de cette même déclaration, les membres du CNES relèveront que la cérémonie d’hier intervient au moment où certaines facultés viennent à peine de terminer les EMD et que d’autres s’apprêtent à entamer les examens de rattrapage et que, également, la répartition des charges pédagogiques n’est pas encore établie. Sur la base de ce constat, le conseil syndical du CNES considère que “la direction de l’université croit pouvoir tromper l’opinion universitaire et publique par l’organisation d’une cérémonie marquant le début des enseignements”.
Pour le CNES, cette cérémonie décorative relève plutôt d’une “grandiloquence folklorique, d’une mascarade et d’une mise en scène à laquelle assiste depuis des années la communauté universitaire qui met à chaque fois à nu la culture d’apparat et d’autosatisfaction délétère qui règne à l’Université de Tizi Ouzou”.
Pour redresser l’établissement universitaire en question, le CNES a appelé à une démocratisation de la décision à même d’impliquer tous les acteurs et de mobiliser toutes les compétences de l’université et de mettre fin à la gestion “oligarchique et clanique”, actuelle.
Sur ce point, le conseil du CNES ne manquera pas de soulever l’absence d’intervention appropriée de la tutelle pour mettre un terme à cette dérive organique.

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Faculté centrale d’Alger
L’embarras des étudiants
Par Rédaction de Liberte

La rentrée prévue, hier, n’a pas eu lieu. Devant le manque d’organisation et d’encadrement, les étudiants n’ont eu de cesse d’exprimer leur déception.

La rentrée universitaire ne se présente pas sous de bons auspices. C’est tout simplement la cacophonie ! Hier, les étudiants de la faculté centrale d’Alger et plus particulièrement ceux de première année l’ont vérifié à leurs dépens.
Ces étudiants, qui côtoient les bancs de l’université après des vacances d’été, ont été pour le moins “déçus”. C’est en tout cas le sentiment qu’ils n’ont cessé d’exprimer hier. Et pour cause, leurs problèmes sont multiples : désorganisation, désorientation, absence d’enseignants, surcharge des amphithéâtres et des salles de travaux dirigés au sein de l’université.
Prévue en effet pour hier, la rentrée universitaire n’a finalement pas eu lieu. “Bien que les autorités aient affiché le début pour aujourd’hui (hier), les cours n’ont pourtant pas commencé, car les enseignants ne sont pas venus !”, nous ont expliqué hier des étudiants de première année en interprétariat, rencontrés sur place. Désemparés, ces derniers ne sont pas plus informés sur la date du début de des cours : “L’administration n’est pas en mesure de nous renseigner sur la date du début des cours, ce sont les étudiants de troisième année qui nous ont dit que les cours commenceront normalement le 4 octobre prochain”.
Les cours sont censés débuter également hier pour les étudiants de deuxième, troisième et quatrième années en interprétariat. Ce qui n’a cependant pas été le cas. L’explication avancée est la “poursuite des inscriptions des étudiants ayant passé des examens de rattrapage jusqu’au 18 octobre prochain”. Le désarroi des étudiants en pharmacie est, quant à lui, à son comble. Aucun affichage mentionnant la date du début des cours et aucun responsable n’est en mesure de les informer.
“Nous sommes obligés de revenir tous les jours au département de pharmacie pour voir s’il y a un affichage concernant la date du début des cours”, lance avec dépit une étudiante en deuxième année pharmacie. Elle soulèvera dans la foulée le problème de surcharge des amphithéâtres : “L’année dernière, on avait un sérieux problème d’amphi qui faisait qu’à chaque fois on nous casait dans d’autres salles. Et avec l’important nombre des étudiants cette année, je me demande comment cela va se passer !”. Ce problème a également été posé par les étudiants en interprétariat. “Nous sommes 60 étudiants par groupe dans des salles de travaux dirigés censés contenir 30 étudiants au maximum !”, révèle une étudiante en troisième année interprétariat : “En troisième année, notre enseignement doit se focaliser sur l’apprentissage oral de l’anglais. Mais avec des classes de 60 étudiants, les enseignants ne s’occuperont que de ceux qui parlent déjà l’anglais et délaisseront les autres. Je serai donc obligée de m’inscrire dans une école privée pour apprendre à parler anglais”.
Les étudiants ayant passé des rattrapages ne sont pas en reste des multiples problèmes qui agitent leur fac. Un seul bureau en effet prend en charge les inscriptions de tous ces étudiants. Résultat : une très longue file d’attente retardant les étudiants à rejoindre les amphis.
Côté enseignants, c’est aussi la déception. Le reproche d’une enseignante d’interprétariat concerne l’emploi du temps élaboré par la direction des études. “Ce sont les vacataires qui sont favorisés dans les cours supplémentaires et non pas les permanents”, dit-elle avec dépit. Tout comme elle regrette la surcharge des groupes : “Ce ne sera pas évident de faire des travaux pratiques avec 60 étudiants. Les salles sont exiguës et le matériel d’interprétariat manque”, explique-t-elle.
Ce qui ne semble pas être partagé par Tahar Hadjar, le recteur de l’Université d’Alger. “Il n’y a pas de surcharge d’étudiants pour la fac centrale”, affirme-t-il tout en expliquant qu’“on a eu des années universitaires autrement plus chargée que cette année avec 22 000 étudiants pour la fac centrale”. Pour palier les insuffisances de l’emploi du temps et d’espace, Tahar Hadjar évoque la poursuite des cours jusqu’à 18h ou 20h. “Ce sera en fonction des besoins et de la demande”, dit-il. Il annoncera également le renforcement de l’encadrement par “le recrutement de 200 nouveaux enseignants” ainsi que “le recrutement de coopérants étrangers”. Sans donner de détails à ce sujet, il expliquera seulement qu’il a exprimé une demande de spécialistes en postgraduation au ministère de l’Enseignement supérieur.

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Editorial du 03/10/2004

Vivement la rentrée 2005-2006 !
Par Mustapha Hammouche

Pour une rentrée universitaire maîtrisée, il faudra certainement repasser. Ce ne sera pas pour cette année, malgré les assurances ministérielles. Souvenons-nous, bien avant que l’année scolaire reprenne, Harraoubia nous avait prévenus : “La rentrée 2005-2006 se passera bien.” On pouvait tout aussi bien comprendre que la rentrée 2004-2005 n’était pas le bon test pour juger de la capacité du département de l’enseignement supérieur a-t-il averti, histoire de nous inviter à l’attendre au tournant de l’année suivante.
C’est à peine s’il ne fut pas suggéré que la reprise actuelle devrait être appréciée comme une espèce de rentrée blanche qui prépare la suivante.
Mais à chaque jour suffit sa peine, il faut bien considérer les conditions dans lesquels les étudiants réintègrent, pour certains, et intègrent, pour d’autres, l’université. Dès le retour effectif des étudiants, il se révèle que la question de l’hébergement qui, tardivement, préoccupait les responsables du département, n’était pas la seule difficulté qui compliquait l’organisation de la relance universitaire.
Tout se passe comme si le ministère et les universités découvraient les désagréments en même temps que les étudiants, une fois que ces derniers commencent à arriver sur les campus. L’autorité constate, une fois l’année universitaire ouverte, les gênes, qui l’année durant, vont tourmenter les étudiants, les professeurs et les gestionnaires des universités : groupes de travaux dirigés pléthoriques, des amphithéâtres surchargés, des programmes sans enseignants, etc.
L’improvisation est tellement vraie qu’en plus du recrutement programmé sur le tard par la tutelle de six cents professeurs de rang magistral, des recrutements d’enseignants de différents grades sont décidés in extremis. Et comme on n’embauche pas un universitaire à n’importe quel moment de l’année, il faudra sûrement se résoudre à des concessions sur la question de leurs qualifications. Le délai d’intégration obligera à son tour les établissements à quelques mois de bricolage pédagogique.
Il restera à inventer les amphithéâtres et les salles de cours de dépannage pour compenser l’imprévoyance qui semble marquer la gestion de l’Université. Et comme cela ne transfère pas d’un autre secteur, comme cela se fait pour les moyens d’héberger, il n’y a pas en la matière, de trou à creuser pour en boucher un autre.
En tout état de cause, il n’y a pas de bonne mesure quand elle est impromptue. Il y a, en effet, déjà de bonnes raisons d’attendre l’année 2005-2006 pour espérer — pour ce qui osent encore espérer — assister à une rentrée universitaire réussie.

M. H

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