Articles du journal Liberté
Nacer
Djabi, sociologue À LIBERTÉ
du 12/01/2005: « L’Algérien
moyen n’adhère pas aux réformes ».
Les
enseignants de l’université de Bab Ezzouar dénoncent:“Non
aux zones de non-droit à l’Usthb”
M.
Boukaroura, coordinateur du CNES, à propos de la rentrée universitaire“C’est
la panique au niveau de la tutelle” (03/10/2004).
La
rentrée universitaire a été entamée officiellement hier
:Le conseil du CNES de Tizi
Ouzou dénonce (03/10/2004).
Editorial
du 03/10/2004 "Vivement la
rentrée 2005-2006 !" Par Mustapha Hammouche.
Faculté
centrale d’Alger: L’embarras
des étudiants (03/10/2004).
Nacer
Djabi, sociologue À LIBERTÉ
« L’Algérien
moyen n’adhère pas aux réformes »
Entretien réalisé par Hafida Ameyar
Auteur de Une sociologie de grève en Algérie et de L’Algérie, du mouvement ouvrier et syndical aux mouvements sociaux, Nacer Djabi est enseignant et chercheur. Il compte publier début 2005 la bibliographie de Lakhdar Kaïdi, l’ex-secrétaire général de l’Union générale des syndicats algériens.
Liberté : M. Djabi, quel bilan faites-vous de la situation du monde du
travail en Algérie ?
M. Nacer Djabi : D’emblée,
je dirais que le monde du travail est en position défensive. De nombreux
indices le montrent tels que le manque de combativité du monde du travail, la
dispersion des forces et l’absence de stratégie claire, ouvrière et
syndicale. Nous sommes encore dans une période transitoire qui enregistre une
précarité de la société, l’entrée de nouvelles vagues d’ouvriers et
d’ouvrières dans les rangs de la classe ouvrière, sans couverture syndicale
ou légale, l’apparition de nouvelles formes de travail où les victimes sont
les jeunes travailleurs, les femmes aussi, avec ou sans formation, avec ou sans
qualification. Cette position défensive dure depuis déjà quelques années,
elle a prédominé en 2004 et risque de se maintenir pendant l’année 2005
s’il n’y a pas de nouvelle stratégie syndicale construite sur une base démocratique
et transparente.
Peut-on affirmer aujourd’hui, au regard de la situation du secteur
public économique, que le monde du travail a connu de profondes mutations en
Algérie ?
Oui, beaucoup. Mais, on ne les connaît pas malheureusement. L’appareil
statistique national est encore défaillant, et il y a peu de réflexion sur par
exemple l’informel et le travail féminin qui progressent pourtant en
Algérie. Dans certains secteurs, on a du mal à distinguer entre la
prostitution, le harcèlement et le travail. Le privé lui-même, par certains
de ses aspects, est de type capitaliste sauvage. C’est un privé familial,
très archaïque et paternaliste. Nous assistons finalement à un grand
paradoxe. Au moment où l’avenir économique de l’Algérie repose sur le
privé, ce dernier ne reconnaît pas le travail syndical, ni le syndicat comme
partenaire. Comme si l’Algérie revenait à la période du capitalisme
sauvage.
Sur le plan des lois sociales, il y a eu des changements à partir de
l’année 1990. Il y a donc mutations y compris au niveau des lois sociales…
La tendance globale,
c’est la précarité, l’informel, le travail au noir. Même le secteur
public adhère à cette histoire. Quand on voit ce qui se passe actuellement
dans le Sud algérien, avec ces entreprises liées au pétrole… jusqu’à présent,
on ne sait pas ce qui se passe exactement dans le Grand-Sud dans le domaine des
contrats de travail, des salaires, des conditions de travail, des droits, etc.
C’est un no man’s land. C’est presque une zone de non-droit.
Concrètement, qu’est-ce qui a changé dans le milieu du travail ?
Le salarié a de plus en
plus peur, il développe en général des réflexions de défense. Il a peur du
licenciement, il craint de perdre son poste de travail, il a peur que son
entreprise soit liquidée ou vendue, il a peur de ne pas arriver à affronter
l’ouverture sur la mondialisation et les produits importés qui concurrencent
les marchandises locales, il a peur aussi parce qu’il est sans couverture
syndicale. Le syndicalisme n’a pas su s’adapter aux nouvelles formes et à
la nouvelle situation.
Donc, le salarié est sans protection syndicale. Il a en outre peur, car il est
de plus en plus sans protection légale. Il a le sentiment qu’il n’a pas
d’emprise sur la législation nouvelle… On parle de 50 milliards de dollars,
d’une situation économique favorable, de l’arrivée des investissements,
mais l’Algérien moyen et l’ouvrier notamment ne voient pas leur situation
s’améliorer. L’ouvrier a peur des lendemains ; les informations qui lui
parviennent sur la privatisation de l’école, les augmentations des charges du
logement, de l’eau, de l’électricité ne font qu’accentuer ses craintes
quant à son avenir.
Le gouvernement nous a habitués avec les réunions bilatérales ou
tripartites. Ces rencontres font-elles avancer le débat sur les grands dossiers
économiques ?
Il y a encore des problèmes
au niveau du dialogue parce que le gouvernement ne négocie qu’avec des
syndicats sans ouvriers. L’Exécutif a, par ailleurs, choisi jusqu’ici une
forme de négociations très centralisée au niveau des états-majors. Des états-majors
qui, en général, n’ont pas beaucoup d’emprise sur la réalité des lieux,
n’ont pas de relais. Ce sont en fin de compte des négociations qui se
transforment en dialogue politique, une sorte de rituel. Lorsque des pressions
sociales sont exercées ou quand la situation sociale est un peu difficile, on
se réunit pendant deux ou trois jours. Le gouvernement fait semblant de ne pas
être d’accord et à la fin tout le monde sort de la réunion comme si de rien
n’était… C’est un scénario qui ne marche plus ! C’est du cinéma ! Ce
type de négociations centralisées, le choix des partenaires, la
non-transparence, la non- participation d’autres éléments, d’autres
syndicats plus représentatifs ou partiellement représentatifs dans leur
secteur font que ce dialogue devient parfois absurde. C’est surtout pour la
consommation extérieure et pour la consommation publicitaire. Normalement, le
dialogue se fait avec les gens représentatifs.
Pensez-vous, M. Djabi, que la politique gouvernementale apporte une détente
au front social ?
Je pense que le
gouvernement n’est pas clair… Il a traîné dans les réformes. On sent
qu’il y a beaucoup de blocages à l’intérieur de l’Exécutif et de l’État
parce qu’il y a des intérêts à sauvegarder. Un Algérien moyen ne comprend
pas pourquoi on ne réforme pas les banques. Il ne voit rien venir en termes
d’emplois nouveaux, d’amélioration de ses conditions de travail, de relèvement
de ses revenus…
Le fonctionnement opaque des banques fait le bonheur de beaucoup de monde et
permet la fuite de capitaux, le blanchiment d’argent, l’émergence de gros
intérêts. C’est l’argent public qui va vers d’autres cieux. Je pense que
le problème se situe au niveau du gouvernement, de l’État et du système
politique.
On a trop traîné, et la grande majorité des Algériens peut s’opposer aux réformes
parce que celles-ci restent encore du domaine du discours. Ce n’est pas normal
que le gouvernement tarde à privatiser les Souks El-Fellah ni des secteurs déjà
programmés. C’est comme si on choisissait le plus pire des moments pour réaliser
ce qui était décidé. Mais, le problème de fond est que le gouvernement
n’arrive pas à faire adhérer l’Algérien moyen à ses réformes.
Quelles seraient alors les conséquences de ce retard sur l’avenir économique
et social de l’Algérie ?
Ce qui est à craindre, c’est qu’on choisisse une période où on
n’aura pas les atouts nécessaires et qu’on soit alors obligés de réagir
sous la pression extérieure. Cela sans débat, ni discussion, ni adhésion des
grands partenaires sociaux : les syndicats, le patronat, l’ensemble du
mouvement du travail. On ne s’est pas hélas préparés...
La Centrale syndicale UGTA s’apprête à recueillir les points de vue
et propositions de ses fédérations sur la politique de privatisation du
gouvernement. La direction de ce syndicat ne cherche-t-elle pas à se dérober
à ses responsabilités ?
Ce qu’il faut craindre,
c’est de voir un jour l’UGTA travailler de manière virtuelle, c’est-à-dire
par internet et par e-mail. Je dis cela parce que la direction de l’UGTA vit déjà
dans un monde virtuel et tarde à s’attaquer aux problèmes de fond, comme
l’absence de démocratisation du syndicat, le cumul des postes de
responsabilité, l’absence d’un journal pour défendre ses positions et
sensibiliser la société. Ce n’est pas normal que l’UGTA n’ait pas sa
propre littérature sur tout ce qui touche à l’économie et au monde du
travail, sur la privatisation, l’Organisation mondiale du commerce, sur ses
positions par rapport aux questions de l’heure.
En effet, les gens interprètent cela comme une façon de ne pas s’engager
parce que l’écrit demeure un engagement. L’UGTA est devant certains choix.
Ou elle disparaît, et ce sera alors une grande perte pour le monde du travail.
Ou elle se modernise en s’ouvrant sur le monde du travail réel, en
s’implantant dans le privé et les entreprises internationales, en se démocratisant
surtout, en rétablissant les contacts avec la société, les couches
populaires, etc. Je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi l’UGTA et les
syndicats autonomes ne travaillent pas ensemble.
Justement, quel regard portez-vous sur ces syndicats autonomes ?
Globalement, ce sont des
syndicats des couches moyennes, des syndicats de corporation qui défendent les
intérêts des salariés, des fonctionnaires, qui sentent qu’ils sont dans une
position de négociation plus grande et qu’ils peuvent donc négocier mieux
qu’à l’intérieur de l’UGTA. Les différents gouvernements qui se sont
succédé, à quelques exceptions près, n’ont pas aidé ces syndicats malgré
leur grande représentativité, leur sens du combat, les actions qu’ils ont
menées et leur jeunesse.
L’Algérie a, ces dernières années, un problème avec ses élites
politiques. Soit elles ne connaissent pas le monde du travail et le mouvement
syndical. Soit elles ont peur d’eux. Soit elles sont contre le mouvement
syndical.
Dans la gestion moderne d’une société compliquée comme la nôtre, les
syndicats doivent trouver pourtant leur place, que ce soit l’UGTA ou les
autres syndicats.
Que peut-il arriver de bon ou de mauvais aux syndicats autonomes pendant
l’année 2005 ?
Très franchement, ces
syndicats sont devant plusieurs défis. Réhabiliter le travail syndical et le
syndicat, faire adhérer les nouvelles couches de travailleurs au
syndicalisme… Il est temps qu’ils sortent de l’étape d’enfance ou
d’adolescence pour devenir adultes.
Mais, l’État doit aussi les reconnaître comme des partenaires sociaux à
part entière et les aider à travers des subventions, la formation de cadres,
l’octroi de sièges, la reconnaissance, etc.
H. A.
Les
enseignants de l’université de Bab Ezzouar dénoncent
“Non aux
zones de non-droit à l’Usthb”
Par Rédaction de Liberté
Les enseignants s’élèvent contre
“la défiguration” de l’architecture de leur université et “la dégradation”
des lieux.
Les enseignants de l’université de Bab
Ezzouar, réunis à l’initiative de la section du Cnes, demandent les mêmes
avantages que les coopérants embauchés par la tutelle.
Dans une déclaration transmise à notre rédaction, l’assemblée générale
des enseignants de l’Usthb informe sur les modalités et les conditions de
recrutement des enseignants étrangers par le ministère de l’Enseignement supérieur
: “Un salaire mensuel de 60 000 DA et un complément en devises qui varie de
900 à 1 100 dollars canadiens, en plus d’autres avantages matériels
(logement meublé, billet d’avion…)”. Elle se réserve le droit
d’“exiger les mêmes avantages” que ces coopérants recrutés au Canada.
L’AG dénonce également “la prolifération des zones de non-droit’’,
notamment à la faculté de l’informatique et de l’électronique, à la
faculté des mathématiques et à l’Institut des études universitaires
appliquées, et la gestion “opaque et rentière” de la faculté de chimie.
Les enseignants s’élèvent contre “la défiguration” de l’architecture
de leur université, “la dégradation” des lieux et “le détournement”
des heures supplémentaires, réservées exclusivement à la pédagogie, par
l’administration de l’Usthb.
Par conséquent, ils revendiquent “une gestion démocratique” de
l’université, le respect de la réglementation et l’augmentation des heures
pour l’encadrement des mémoires de fin d’études, ainsi qu’une répartition
“équitable et transparente” des stages de formation à l’étranger et des
congés scientifiques.
M.
Boukaroura, coordinateur du CNES,à propos de la rentrée universitaire
“C’est la
panique au niveau de la tutelle”
Par Nabila Saadoune
Les 220 000 nouveaux inscrits dépasseraient,
de loin, les capacités d’accueil prévues.
Liberté : M. Boukaroura, vous êtes le
nouveau coordinateur du CNES (depuis huit mois) et vous êtes docteur en mathématiques
à l’Université de Sétif. Comment se présente, selon vous, la rentrée
universitaire ?
M. Boukaroura : Le minimum
que nous puissions dire, en tant que syndicat du supérieur, c’est que la
rentrée est très difficile compte tenu du nombre exceptionnel des nouveaux
inscrits qui s’élève à 220 000.
Je peux vous assurer que c’est la panique totale au niveau de la tutelle où
les responsables ne savent plus où donner de la tête.
Il apparaît clair qu’ils n’avaient pas prévu un nombre aussi important de
nouveaux bacheliers.
Il est d’ailleurs déplorable de constater que les préparatifs pour cette
rentrée universitaires sont à la limite du bricolage et ceci, malgré les
efforts fournis particulièrement en matière de construction des locaux pédagogiques.
Les insuffisantes concernent notamment l’encadrement pédagogique, le manque
flagrant de documentation (qualitatif et quantitatif), les travaux dirigés et
travaux pratiques, et les stages de formation pour les étudiants.
Que pensez-vous de l’initiative du
ministère de l’Enseignement supérieur de renforcer les rangs des enseignants
avec des universitaires étrangers ?
Pour être franc avec vous,
nous avons très peu d’éléments à ce sujet. Tout ce que nous savons, nous
l’avons appris par la presse. Mais, si cela venait à se vérifier, il serait
à la limite de la provocation. Le syndicat ne tolérera jamais ce mépris et
saura prendre une position officielle en temps opportun. Il faut expliquer,
cependant, que nous ne sommes pas contre l’idée en elle-même, en d’autres
circonstances. Autrement dit, à la tutelle de prendre des initiatives
courageuses, et assumer, en premier lieu, les universitaires algériens présents
au pays et encourager ceux qui sont partis à rejoindre les rangs. mon
avis, il est plus judicieux d’améliorer la situation socioprofessionnelle des
enseignants algériens au lieu de verser des salaires faramineux à des étrangers.
Personne ne pourra accepter une telle offense…
Que prévoit le syndicat dans les jours à
venir ?
Depuis une semaine déjà,
notre plate-forme de revendications est diffusée à travers tous les bureaux de
section. Celle-ci s’articule, entre autres, autour des salaires, le statut, et
logements. Il existe, aussi, un autre point tout aussi important selon notre
point de vue et concerne l’élaboration d’un plan national qui se pencherait
sur les préoccupations du secteur. Nous insistons, à ce propos, sur le fait
que l’enseignement n’est pas du seul ressort de la tutelle et que tous les
partenaires sociaux devraient s’y impliquer. D’où d’ailleurs, la
pertinence de les considérer, une fois pour toute, comme des partenaires à
part entière et les associer au dialogue à tout ce qui se rapporte au secteur.
Nous prévoyons, par ailleurs, dans un délai qui n’excéderait pas le 11
octobre, la tenue d’assemblées générales de tous les enseignants adhérents
au CNES et ce, pour enrichir la plate-forme des revendications ainsi que toutes
les actions à entreprendre. Le syndicat, durant de longues années, a fait
preuve d’une grande capacité de mobilisation compte tenu de la justesse de
notre cause et il n’est pas question aujourd’hui de baisser les bras. Nous
restons, toutefois, convaincu que la voie du dialogue est le meilleur choix pour
tous et c’est ce que nous privilégions. la tutelle d’en tenir
compte.
La
rentrée universitaire a été entamée officiellement hier
Le conseil du
CNES de Tizi Ouzou dénonce
Par Samir Leslous
La cérémonie, organisée, hier, à
l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou pour marquer le début officiel de
l’année universitaire 2004-2005 a suscité une vive réaction du conseil
syndical du CNES qui,
contrairement aux déclarations des responsables de l’administration, a dressé
un bilan peu reluisant concernant les conditions de déroulement de cette rentrée.
Dans une déclaration rendue publique à l’occasion, le conseil du CNES a
contesté de façon virulente les propos du recteur, M. Kahlouche, selon
lesquels “les choses se déroulent normalement sur le plan pédagogique à
l’Université de Tizi Ouzou”, avant de dénoncer l’attitude de ce dernier
qui se veut à la fois rassurant et satisfait quant à la situation actuelle de
l’université alors que celle-ci continue, selon le CNES, “de se délabrer
et que le laisser-aller et les solutions fictives continuent de prévaloir et
surtout qu’aucune perspective crédible ne voit le jour”.
Par la voie de cette même déclaration, les membres du CNES relèveront que la
cérémonie d’hier intervient au moment où certaines facultés viennent à
peine de terminer les EMD et que d’autres s’apprêtent à entamer les
examens de rattrapage et que, également, la répartition des charges pédagogiques
n’est pas encore établie. Sur la base de ce constat, le conseil syndical du
CNES considère que “la direction de l’université croit pouvoir tromper
l’opinion universitaire et publique par l’organisation d’une cérémonie
marquant le début des enseignements”.
Pour le CNES, cette cérémonie décorative relève plutôt d’une
“grandiloquence folklorique, d’une mascarade et d’une mise en scène à
laquelle assiste depuis des années la communauté universitaire qui met à
chaque fois à nu la culture d’apparat et d’autosatisfaction délétère qui
règne à l’Université de Tizi Ouzou”.
Pour redresser l’établissement universitaire en question, le CNES a appelé
à une démocratisation de la décision à même d’impliquer tous les acteurs
et de mobiliser toutes les compétences de l’université et de mettre fin à
la gestion “oligarchique et clanique”, actuelle.
Sur ce point, le conseil du CNES ne manquera pas de soulever l’absence
d’intervention appropriée de la tutelle pour mettre un terme à cette dérive
organique.
Faculté
centrale d’Alger
L’embarras
des étudiants
Par Rédaction de Liberte
La rentrée prévue, hier, n’a pas eu lieu. Devant le manque d’organisation et d’encadrement, les étudiants n’ont eu de cesse d’exprimer leur déception.
La rentrée universitaire ne se présente pas sous de bons auspices. C’est
tout simplement la cacophonie ! Hier, les étudiants de la faculté centrale
d’Alger et plus particulièrement ceux de première année l’ont vérifié
à leurs dépens.
Ces étudiants, qui côtoient les bancs de l’université après des vacances
d’été, ont été pour le moins “déçus”. C’est en tout cas le
sentiment qu’ils n’ont cessé d’exprimer hier. Et pour cause, leurs problèmes
sont multiples : désorganisation, désorientation, absence d’enseignants,
surcharge des amphithéâtres et des salles de travaux dirigés au sein de
l’université.
Prévue en effet pour hier, la rentrée universitaire n’a finalement pas eu
lieu. “Bien que les autorités aient affiché le début pour aujourd’hui
(hier), les cours n’ont pourtant pas commencé, car les enseignants ne sont
pas venus !”, nous ont expliqué hier des étudiants de première année en
interprétariat, rencontrés sur place. Désemparés, ces derniers ne sont pas
plus informés sur la date du début de des cours : “L’administration
n’est pas en mesure de nous renseigner sur la date du début des cours, ce
sont les étudiants de troisième année qui nous ont dit que les cours
commenceront normalement le 4 octobre prochain”.
Les cours sont censés débuter également hier pour les étudiants de deuxième,
troisième et quatrième années en interprétariat. Ce qui n’a cependant pas
été le cas. L’explication avancée est la “poursuite des inscriptions des
étudiants ayant passé des examens de rattrapage jusqu’au 18 octobre
prochain”. Le désarroi des étudiants en pharmacie est, quant à lui, à son
comble. Aucun affichage mentionnant la date du début des cours et aucun
responsable n’est en mesure de les informer.
“Nous sommes obligés de revenir tous les jours au département de pharmacie
pour voir s’il y a un affichage concernant la date du début des cours”,
lance avec dépit une étudiante en deuxième année pharmacie. Elle soulèvera
dans la foulée le problème de surcharge des amphithéâtres : “L’année
dernière, on avait un sérieux problème d’amphi qui faisait qu’à chaque
fois on nous casait dans d’autres salles. Et avec l’important nombre des étudiants
cette année, je me demande comment cela va se passer !”. Ce problème a également
été posé par les étudiants en interprétariat. “Nous sommes 60 étudiants
par groupe dans des salles de travaux dirigés censés contenir 30 étudiants au
maximum !”, révèle une étudiante en troisième année interprétariat :
“En troisième année, notre enseignement doit se focaliser sur
l’apprentissage oral de l’anglais. Mais avec des classes de 60 étudiants,
les enseignants ne s’occuperont que de ceux qui parlent déjà l’anglais et
délaisseront les autres. Je serai donc obligée de m’inscrire dans une école
privée pour apprendre à parler anglais”.
Les étudiants ayant passé des rattrapages ne sont pas en reste des multiples
problèmes qui agitent leur fac. Un seul bureau en effet prend en charge les
inscriptions de tous ces étudiants. Résultat : une très longue file
d’attente retardant les étudiants à rejoindre les amphis.
Côté enseignants, c’est aussi la déception. Le reproche d’une enseignante
d’interprétariat concerne l’emploi du temps élaboré par la direction des
études. “Ce sont les vacataires qui sont favorisés dans les cours supplémentaires
et non pas les permanents”, dit-elle avec dépit. Tout comme elle regrette la
surcharge des groupes : “Ce ne sera pas évident de faire des travaux
pratiques avec 60 étudiants. Les salles sont exiguës et le matériel
d’interprétariat manque”, explique-t-elle.
Ce qui ne semble pas être partagé par Tahar Hadjar, le recteur de l’Université
d’Alger. “Il n’y a pas de surcharge d’étudiants pour la fac
centrale”, affirme-t-il tout en expliquant qu’“on a eu des années
universitaires autrement plus chargée que cette année avec 22 000 étudiants
pour la fac centrale”. Pour palier les insuffisances de l’emploi du temps et
d’espace, Tahar Hadjar évoque la poursuite des cours jusqu’à 18h ou 20h.
“Ce sera en fonction des besoins et de la demande”, dit-il. Il annoncera également
le renforcement de l’encadrement par “le recrutement de 200 nouveaux
enseignants” ainsi que “le recrutement de coopérants étrangers”. Sans
donner de détails à ce sujet, il expliquera seulement qu’il a exprimé une
demande de spécialistes en postgraduation au ministère de l’Enseignement supérieur.
Vivement la rentrée
2005-2006 !
Par Mustapha Hammouche
Pour une rentrée universitaire maîtrisée,
il faudra certainement repasser. Ce ne sera pas pour cette année, malgré les
assurances ministérielles. Souvenons-nous, bien avant que l’année scolaire
reprenne, Harraoubia nous avait prévenus : “La rentrée 2005-2006 se passera
bien.” On pouvait tout aussi bien comprendre que la rentrée 2004-2005 n’était
pas le bon test pour juger de la capacité du département de l’enseignement
supérieur a-t-il averti, histoire de nous inviter à l’attendre au tournant
de l’année suivante.
C’est à peine s’il ne fut pas suggéré que la reprise actuelle devrait être
appréciée comme une espèce de rentrée blanche qui prépare la suivante.
Mais à chaque jour suffit sa peine, il faut bien considérer les conditions
dans lesquels les étudiants réintègrent, pour certains, et intègrent, pour
d’autres, l’université. Dès le retour effectif des étudiants, il se révèle
que la question de l’hébergement qui, tardivement, préoccupait les
responsables du département, n’était pas la seule difficulté qui
compliquait l’organisation de la relance universitaire.
Tout se passe comme si le ministère et les universités découvraient les désagréments
en même temps que les étudiants, une fois que ces derniers commencent à
arriver sur les campus. L’autorité constate, une fois l’année
universitaire ouverte, les gênes, qui l’année durant, vont tourmenter les étudiants,
les professeurs et les gestionnaires des universités : groupes de travaux dirigés
pléthoriques, des amphithéâtres surchargés, des programmes sans enseignants,
etc.
L’improvisation est tellement vraie qu’en plus du recrutement programmé sur
le tard par la tutelle de six cents professeurs de rang magistral, des
recrutements d’enseignants de différents grades sont décidés in extremis.
Et comme on n’embauche pas un universitaire à n’importe quel moment de
l’année, il faudra sûrement se résoudre à des concessions sur la question
de leurs qualifications. Le délai d’intégration obligera à son tour les établissements
à quelques mois de bricolage pédagogique.
Il restera à inventer les amphithéâtres et les salles de cours de dépannage
pour compenser l’imprévoyance qui semble marquer la gestion de l’Université.
Et comme cela ne transfère pas d’un autre secteur, comme cela se fait pour
les moyens d’héberger, il n’y a pas en la matière, de trou à creuser pour
en boucher un autre.
En tout état de cause, il n’y a pas de bonne mesure quand elle est
impromptue. Il y a, en effet, déjà de bonnes raisons d’attendre l’année
2005-2006 pour espérer — pour ce qui osent encore espérer — assister à
une rentrée universitaire réussie.