Articles du journal Le Quotidien d'Oran
Un
tabou cassé par Bouteflika et annonce de nouvelles mesures
25.000
enseignants à trouver pour une université en crise
OPINION
Sidi
Bel Abbès: Le CNES met en garde((03/10/2004).
"Un mégaphone pour un prof" par K. SELIM, éditorial
du Quotidien d'Oran du Jeudi 29/09/2004.
"Où
va l'université?" par Maâchou BLIDI, Éditorial du journal le quotidien
d'Oran du 28/09/2004.
"L'université
ou la grande illusion" par A. CHENIKI, Quotidien d'Oran du 23/09/2004.
"La bipartite n'est plus une
garantie pour la paix sociale" article
paru dans le quotidien d'Oran du jeudi 16 septembre 2004, Rubrique Analyse par
KHARROUBI Habib
Un tabou cassé par Bouteflika et annonce de nouvelles mesures
Voie libre pour l’université privée
Cela
a les apparences d’un gros tabou cassé par l’urgence: l’enseignement et
l’encadrement universitaire et des hautes études est désormais ouvert à
l’initiative privée. Le dispositif juridique d’encadrement des formations
supérieures privées, tel qu’il figure dans la loi d’orientation relative
à l’enseignement supérieur du 4 avril 1999, sera réaménagé.
L’appel
à l’implication du privé dans la formation supérieure a été la principale
nouveauté du discours du président de la République à l’occasion de
l’ouverture de l’année universitaire à Boumerdès. Sans aller jusqu’à
la formule de «l’université privée», à l’instar des écoles de
formation et du parascolaire spécialisées qui prennent de plus en plus leur
place dans l’environnement de l’Education nationale, le feu vert de
Bouteflika casse un gros tabou de la politique algérienne en la matière et qui
fonctionna longtemps comme un interdit dans ce secteur.
La
formule des «écoles privées», qui peinent encore à trouver un environnement
législatif clair et des missions définies aux côtés de l’appareil public
et subissent souvent les «mises au point» du ministère de l’Education en
attendant leurs «accréditations» définitives, semble déjà être autorisée
à une révolution. Le débat sur la réforme de l’école et les habituelles
luttes idéologiques qu’il provoque traditionnellement, semble pour une fois
être habilement relégué au second plan par cet appel inédit.
Le
secteur privé a, selon Bouteflika, «toute sa place» dans l’appareil de
formation supérieur selon un cahier des charges très prudent et qui ne s’éloigne
pas des «missions» dévolues à l’école et l’université algérienne,
encore soucieuse de ne pas affronter la question des chances d’accès et
celles des classes sociales.
Le
privé est appelé à investir le créneau très porteur de la formation
universitaire, «dans le respect des exigences en matière de conditions d’accès,
de contenus d’enseignement et de normes d’évaluation et de certification
tels que définis par l’Etat». Jusqu’à hier autorisé uniquement à
investir, selon des règles handicapantes, le seul créneau des filières
techniques, le privé algérien est désormais autorisé à rentabiliser «toutes
les spécialités d’enseignement supérieur» selon Bouteflika. Conscient
d’ouvrir des perspectives énormes et du risque d’ouvrir un débat trop
politisé autour d’une question qui appelle une décision qui prenne en considération
les urgences économiques du pays, le président de la République a fait référence
à des expériences similaires tentées avec bonheur dans d’autres pays
arabes, comme la Tunisie, la Jordanie, l’Egypte, le Liban ou le Maroc, qui ont
pensé il y a des années déjà, à des dispositifs juridiques et
organisationnels appropriés qui ont permis l’essor du privé dans ce créneau.
Plus
concret, le discours de Bouteflika fera clairement allusion à un imminent
dispositif incitatif, pour encourager les candidats à «l’investissement»
dans ce créneau : aides financières peut-être, mesures fiscales
d’encouragement... etc. La fin de l’idéologie égalitariste et
ultra-publique de l’école algérienne - «la liberté des familles de choisir
pour leurs enfants le système d’enseignement qu’elles préfèrent» - est
expliqué par le président de la République comme une nécessité d’époque,
et une mesure capable de relancer la formation, en assurer la pertinence économique
et impliquer le secteur privé dans une mission autre que celle secondaire du
rattrapage, à la limite du clandestin, ou de l’élitisme de classes sociales.
«L’UNESCO affirme que l’enseignement privé constitue un appoint
indispensable à l’action de l’Etat, quels que soient les régimes
politiques et les niveaux de développement des pays concernés».
La
seconde nouveauté de cette année universitaire, selon le discours-programme du
président de la République, est le ton de mesures concrètes donné à la
politique, jusque-là irréaliste, de lutte contre la fuite des cerveaux. «Il
m’est pénible de constater que l’université algérienne a souffert du départ
de 2.600 enseignants de 1993 à 2000, dont près d’un millier sont
heureusement revenus depuis», dira le président de la République, rappelant
aussi l’exil de plus de 3.000 informaticiens, outre les médecins et des
cadres. Plus réaliste, la politique de ce «programme d’urgence» pour lutter
contre la fuite des cerveaux a déjà opté pour des formules d’enseignement
associé pour la formation en post-graduation, encadrement ciblé, technologique
et médicale, en offrant aux universitaires exilés des «conditions appropriées
et souples qui leur permettent d’intervenir en tant qu’enseignants associés
dans les universités de leur choix». Une formule peut-être plus réaliste que
celle des imaginaires rapatriements de masse des cerveaux algériens, bénéficiant
dans les pays d’accueil de conditions socioprofessionnelles largement
avantageuses et de perspectives plus tentantes.
La
réforme de l’université algérienne, c’est-à-dire finalement son
sauvetage, est pour une fois pensée dans l’urgence d’en adapter les
programmes en fonction des urgences économiques du pays, et selon ses
ressources réelles. Bouteflika expliquera qu’il ne s’agit pas de la
politique expéditive de multiplier les sites et les infrastructures (le nombre
des universités algériennes est passé de 12 en 1990 à 27 aujourd’hui) mais
de définir l’objet de la formation supérieure, la dynamisation «significative»
de la post-graduation, le partenariat, l’assistance et la coopération réelle
avec les universités étrangères et l’encouragement des formules des cycles
courts (techniciens supérieurs, ingénieurs d’application ...etc.).
L’université
ne devant plus former à vide mais doit le faire selon «les transformations de
la société pour en anticiper les besoins» et être «en contact permanent
avec les opérateurs économiques et les institutions sociales et culturelles du
pays».
Le
seul clin d’oeil à l’actualité difficile de la rentrée universitaire
2004/2005 et son lot de menaces de grèves, de batailles syndicales et de crise
d’hébergement et de prise en charge du flot des nouveaux bacheliers (près de
200.000), étant dans la promesse du président de la République d’assurer
les meilleures conditions d’études, tout en appelant les universitaires, à
Boumerdès, lieu du tragique séisme du 21 mai 2003, à une sorte d’engagement
politique responsable.
Kamel Daoud
25.000 enseignants à trouver pour une université en crise
Une
explosion de la population estudiantine, couplée à un déficit sérieux en
enseignants, telle est l’équation que traîne durablement l’université algérienne.
Rançon
d’un taux de réussite record de 42% au baccalauréat, ce problème est
amplifié pour la rentrée universitaire 2004-2005, au point où les
responsables ont émis à voix haute l’idée de recourir aux enseignants étrangers.
Outre les problèmes d’hébergement qui continuent à se poser malgré les
politiques volontaristes de réquisition de logements sociaux, l’université
se doit d’absorber un afflux de plus 200.000 étudiants nouveaux, ce qui
portera les effectifs estudiantins à plus de 740.000.
Les
25.500 enseignants du supérieur auront fort à faire pour encadrer cette
population en croissance constante, qui atteindra 1.000.000 en 2008. On se
retrouve aujourd’hui avec une moyenne d’un enseignant pour 30 étudiants,
alors que la norme mondiale est de 1 pour 15. Le Conseil national des
enseignants du supérieur (CNES) ne cache pas son inquiétude et évalue en
toute logique le déficit à 23.500 enseignants à l’échelle nationale.
Le
volume de travail des enseignants va inéluctablement augmenter et ils auront à
s’occuper d’un nombre plus important d’étudiants, avec un effet quasi mécanique
sur la qualité de l’enseignement dispensé. La grogne risque de pousser les
enseignants, touchés par le découragement, à recourir à nouveau à l’arme
de la grève. Recourir à des enseignants étrangers, payables en toute logique
en devises, risque d’être appréhendé par des enseignants payés en dinars
comme un mépris doublé d’une injustice. Le ton du dernier communiqué
l’exprime clairement en dénonçant une situation où «il ne reste plus de
place pour la recherche et l’enseignement. L’université est devenue un
vaste marché d’heures complémentaires soumis à une concurrence généralisée».
Même
si chaque année le budget de l’enseignement reste important, il existe depuis
plus d’une décennie une situation de désinvestissement par rapport à
l’accroissement de la population estudiantine. L’universitaire Farid Cherbal
a ainsi estimé que le budget de la formation de l’étudiant est passé de 700
dollars en 1987 à 200 dollars en 1999. L’université, notait-il avec
pessimisme dans une série d’articles publiés dans El Watan, «a perdu sa
fonction universelle, c’est-à-dire la production du savoir, la transmission
et l’application de ce savoir, pour devenir une machine à produire l’échec
et les chômeurs diplômés».
Les
chiffres avancés par le CNES ne sont pas contestés par les pouvoirs publics.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Rachid Harraoubia, a estimé qu’il
fallait recruter 24.400 nouveaux enseignants pour pouvoir prendre en charge le
million d’étudiants attendus en 2008. Autant dire que c’est demain et que
l’urgence est absolue. Faire de l’enseignement supérieur une «priorité
nationale», comme l’a déclaré hier le président de la République, est
l’objectif impératif pour éviter que l’Algérie perde définitivement son
université. Autant dire que le budget de 50 milliards de dollars destiné à
soutenir la croissance trouverait à s’employer de manière bénéfique dans
le secteur.
Face
au problème urgent du déficit d’enseignants, le président a évité de
faire du recours aux enseignants étrangers une panacée, en appelant à une
dynamisation «significative» de la post-graduation et en lançant un appel à
une réintroduction, selon des conditions «souples et appropriées», des
universitaires expatriés. Il a été même question d’intéresser le secteur
privé à l’enseignement supérieur.
Traditionnellement,
l’université algérienne est submergée par les urgences qui consistent à
trouver des lits et des places pédagogiques pour gérer le flux des étudiants.
Ceux-ci n’ont pas disparu, mais le déficit d’enseignants qui se pose aussi
en terme d’urgence n’est pas soluble par des palliatifs. Il touche à la
vocation fondamentale de l’université d’être un lieu de transmission et
d’accumulation du savoir. Il s’agit bien pour l’Algérie de décider si
elle doit continuer ou non à avoir une université. C’est autant une question
de moyens que de volonté politique nationale. L’urgence posée par le déficit
est d’ordre stratégique, ce n’est pas simple question d’intendance.
M. Saâdoune
QO du 12/10/2004
Avons-nous vraiment besoin de nos compétences à l’étranger
?
Par Mostéfa Khiati Professeur
Lors
de la cérémonie d’ouverture de l’année universitaire 2004-2005, le président
de la République a pressé le gouvernement à agir pour bien gérer les compétences
nationales à l’étranger. Il a notamment cité l’exemple de la Syrie et du
Sénégal qui ont mis en place des programmes permettant à ces pays de tirer
profit de leur intelligentsia à l’étranger.
Le
problème des compétences algériennes à l’étranger se pose depuis de
nombreuses années, sans qu’une solution idoine ne lui soit trouvée. Pendant
longtemps, l’objectif principal était de faire ramener ces compétences au
pays. Malgré certains efforts à but surtout médiatique, les rares personnes
qui se sont laissé convaincre ont vite été déçues, car le cadre
professionnel qu’on leur offrait ne correspondait pas à leur profil ou n’était
pas adapté à leurs ambitions. Elles ont fini par repartir, mais cette fois très
déçues. L’exemple d’Elias Zerhouni, actuel patron du prestigieux National
Institute of Health aux USA, est assez démonstratif. Ce brillant radiologue,
revenu au pays il y a quelques années pour diriger un service de radiologie, se
voit proposer par le ministère de l’Enseignement supérieur un poste de maître-assistant
! Nous disposons d’un système bureaucratique abject qui se comporte comme la
chatte qui met bas des petits puis, sans aucune explication, les dévore. Je
citerai à ce propos un autre exemple.
L’Algérie
et la France ont mis en place, en 1985, un système de formation en France de médecins
spécialistes dit de bourses mixtes. Le but était de répondre aux besoins
exprimés par la Santé publique en médecins spécialistes dans certaines spécialités
en manque: anesthésie-réanimation, radiologie, biologie, néphrologie,
biophysique... Une fois leurs études terminées, la commission d’équivalence
du ministère de l’Enseignement supérieur a refusé de reconnaître leurs
diplômes. Ces médecins, qui pouvaient travailler dans les structures de santé
publique comme le faisaient leurs collègues chinois, n’étaient pas considérés
comme des spécialistes.
Le
système les a poussés à repartir à l’étranger, où ils ont opté pour la
nationalité du pays d’accueil et ont fini par y faire carrière. Ce sont près
de 500 spécialistes qui sont dans cette situation. L’équivalence n’a
commencé à être accordée qu’en 2003.
l
Qui sont-elles ?
Sous
le générique de compétences nationales à l’étranger, on peut distinguer
plusieurs catégories de personnes:
-
les personnes qui ont fait leurs études supérieures à l’étranger et ne
sont plus revenues;
-
les personnes qui ont fait leurs études supérieures en Algérie et qui sont
parties s’installer à l’étranger, attirées par une carrière plus
prometteuse;
-
les diplômés universitaires et les enseignants universitaires qui ont fui le
pays au cours de la dernière décade.
On
peut ajouter à ces catégories les conjoints étrangers d’Algériens
disposant d’un statut élevé à l’étranger. Le Président de la République
cite dans ces cas 1.600 enseignants universitaires et 3.000 informaticiens. Le
ministre de la Santé parle de 7.000 médecins rien qu’en France !
l
Que voulons-nous ?
Faire
revenir tout ou une partie de ces compétences en Algérie apparaît comme une
chimère, étant donné les expériences précédentes et la situation actuelle
du pays. Pour mémoire, seule la Corée du Sud, parmi tous les pays en développement
qui se sont engagés dans ce chemin, a pu réussir en partie ce challenge.
Cependant,
il est évident que les apports de ces compétences pourraient être importants
sur le développement du pays, étant donné la rétention exercée par les pays
développés en matière de transferts technologiques. Ne serait-il pas alors
possible de profiter de leurs expériences, de leurs connaissances et de leurs réseaux,
en les laissant sur place et en établissant avec elles des liens privilégiés
? C’est la solution préconisée.
l
Quoi faire ?
Il
faut mettre en place une stratégie d’approche qui comporte d’abord
l’identification de ces compétences. Il faut également établir leur profil
scientifique, technologique et leur pôle d’excellence. Il faut enfin évaluer
leur impact scientifique potentiel.
l
Comment le faire ?
Pour
cela, la démarche est relativement facile. Il faut commencer par établir une
base de données de toutes ces compétences en puisant dans les quelques données
disponibles, tout en les vérifiant et en les actualisant (ministère de l’Enseignement
supérieur...) en sollicitant les ambassades et les consulats algériens à l’étranger
pour compléter ces données. Ces dernières sont à recouper en s’intégrant
dans des réseaux de scientifiques (type AICA) ou en suscitant leur création.
Un
élément capital est à ajouter à cette approche. Il faut ensuite
personnaliser ou tout au moins humaniser les liens avec ces compétences
(exemple: échanges réguliers de courrier électronique...).
l
Finalité de l’opération
L’objectif
final est, bien sûr, de faire participer ces compétences à la bataille de développement
du pays: expertise, audit, consultation, études, animation de séminaires,
etc., tout en maintenant avec elles un lien, en restant à leur écoute, en leur
fournissant l’information dont ils ont besoin...
A
cet égard, la Forem a développé une expérience intéressante. Elle honore
tous les ans des chercheurs algériens établis à l’étranger en établissant
avec eux des liens utiles pour le pays. Je citerai à cet égard deux exemples.
Il y a cinq ans, la Forem a honoré le Professeur Benabid, neurochirurgien à
Grenoble et spécialiste mondial du traitement de la maladie de Parkinson.
Celui-ci s’est montré très disposé à participer à la formation de jeunes
spécialistes tant en Algérie qu’en France. Il y a quelques mois, la Forem a
honoré un autre chercheur, Mer Idouraïne, de l’Arizona Institute of Health.
L’intéressé s’est montré disposé à aider à monter deux laboratoires de
production de cellules en Algérie, l’un pour la peau et l’autre pour le
cartilage.
Cette
tentative, comme d’autres, bien que très intéressante, ne peut être que
limitée car une pareille opération, pour être généralisée et productive,
doit être soutenue par les services du Chef de l’Etat ou, à défaut, par
ceux du Chef du gouvernement.
LES
ENSEIGNANTS UNIVERSITAIRES INQUIETS, LE MINISTERE RASSURE
Polémique autour du recrutement des coopérants
La
décision du ministre de l’Enseignement supérieur de recruter 600 enseignants
étrangers pour résorber le déficit dans les universités algériennes a
suscité l’inquiétude et la colère des enseignants du supérieur algériens.
Le
Conseil national des enseignants du supérieur (CNES), par la voix de son
porte-parole, Farid Cherbal, s’interroge sur les «véritables objectifs de
cette décision». D’autant plus, ajoute-t-il, que les conditions du
recrutement de ces enseignants paraissent assez floues. «Force est de constater
qu’il n’y a aucune transparence dans cette opération. Habituellement, il y
a une commission d’experts qui planche sur le sujet mais il semble que
celle-ci travaille dans l’opacité la plus totale», déplore M. Cherbal. Mais
ce que les enseignants algériens craignent le plus, c’est de voir leurs collègues
étrangers bénéficier de salaires «mirobolants» en comparaison avec ceux des
Algériens.
Le
CNES avait, pour rappel, entamé plusieurs actions de protestation pour que les
enseignants du supérieur soient rémunérés convenablement. Certaines de leurs
revendications n’ont toujours pas trouvé d’écho.
L’inquiétude
des enseignants du supérieur est aujourd’hui d’autant plus grande que des
rumeurs courent dans les campus faisant état de 3.000 euros de salaire pour les
enseignants étrangers, soit près de 30 millions de centimes.
«Si
de telles rumeurs venaient à être confirmées, ce serait inacceptable et les
enseignants ne vont pas l’accepter !», tranche M. Cherbal. Les responsables
du ministère de l’Enseignement supérieur se montrent cependant très
rassurants. «Il n’a jamais été question d’octroyer ces salaires aux
enseignants étrangers», sourit le responsable de communication du ministère.
Tout
en ajoutant: «Je peux vous assurer que les enseignants que nous comptons amener
des quatre coins du monde auront les mêmes salaires que leurs collègues algériens».
Néanmoins,
notre interlocuteur affirme que les enseignants étrangers auront tout de même
un taux de leur salaire en devises. «Ceci est tout à fait normal, il faut
penser à l’enseignant qui a des enfants à l’autre bout du monde», plaide
le chargé de communication du ministère.
Le
département de Harraoubia entend, par ailleurs, octroyer des logements aux 600
enseignants étrangers. Les responsables du ministère de l’Enseignement supérieur
ne veulent pas encore débattre sur ce sujet. «Nous parlerons du lieu et de la
superficie de ces appartements en temps opportun», indique-t-on.
Pour
l’heure, les responsables du ministère de l’Enseignement supérieur
concentrent leurs efforts sur la diffusion de l’appel d’offres dans les
sites et les universités dans un grand nombre de pays.
«Les
enseignants de toutes nationalités peuvent postuler pour ce poste, hormis ceux
de nationalité israélienne», souligne-t-on au ministère de l’Enseignement
supérieur. L’idéal serait, selon eux, de récupérer les enseignants algériens
qui ont quitté le pays à cause des évènements qui ont secoué l’Algérie
et de la crise dans laquelle était plongée l’université algérienne. Les
enseignants algériens immigrés ne seront pas privilégiés pour autant, les
responsables du département de Harraoubia assurant qu’ils jugeront en premier
lieu les compétences des enseignants.
De
leur côté, les enseignants algériens qui sont restés dans le pays malgré
tout n’ont pas d’objection à ce que les enseignants immigrés rejoignent
leurs postes dans leur pays, à condition qu’ils aient les mêmes salaires et
les mêmes privilèges. L’appel d’offres lancé par le ministère de l’Enseignement
supérieur expire le 15 octobre.
Amel Blidi
Le CNES met en garde et l’UGEL appelle à la protestation
Au
moment où le recteur évoque les dispositions prises pour entamer une rentrée
universitaire dans des conditions favorables et à la sérénité qui a fait défaut,
rappelons-le, durant l’année universitaire écoulée, le CNES, du côté des
enseignants, affiche la «mise en garde» par une déclaration rendue publique
à l’issue de l’AG tenue le 28 septembre dernier et l’UGEL, du côté des
étudiants, lance un appel pour des actions de protestation, dans un communiqué
remis à la presse. Dans la déclaration du CNES, la question des doyens et des
présidents des conseils scientifiques a été remise sur la table en rappelant
au recteur ses promesses et engagements qui «ont été pris en considération
pour sauver l’année universitaire 2003-2004». Le CNES tient à rappeler que
«la démocratisation de la gestion de l’université reste un but stratégique».
Par ailleurs, il est demandé plus de célérité dans la prise en charge réelle
«du problème du statut des logements octroyés et des enseignants non logés».
Quant à l’UGEL, l’organisation estudiantine qui a été derrière le plus
grand rassemblement d’étudiants, l’année écoulée, c’est l’appel à
la protestation contre les «mesures d’urgence» décidées par
l’administration de l’université, tant du côté des facultés que de celui
des résidences pour l’accueil du nombre important d’étudiants. Il est
clairement signifié, dans le communiqué de l’UGEL, que les étudiants
doivent s’attendre à des amphis surchargés, des campus surpeuplés et de
longues files devant les restaurants. L’UGEL rappelle dans son communiqué que
l’université Djillali Liabès ne s’est pas encore remise de sa crise de
l’année dernière qui a failli compromettre l’année universitaire. C’est
pour cette raison, est-il souligné, que l’UGEL s’est manifestée pour
mettre les gestionnaires de l’université devant leurs responsabilités afin
d’éviter de revenir à la case départ, a-t-on indiqué.
M. D.
Par
K. Selim
Éditorial
du
Quotidien
d'Oran du Jeudi 29/09/2004
A l’université, les enseignants s’énervent parfois mais pour pouvoir continuer, ils s’arment d’humour. L’un d’eux, depuis longtemps rangé de la politique, n’en revient pas de faire chaque jour un meeting. Mais un meeting où les prises de parole ne sont pas entendues au fond de l’amphithéâtre surchargé d’étudiants. Ces derniers, blagueurs comme toujours et n’ignorant pas que ses cordes vocales ont des limites, lui ont proposé de faire une quête pour acheter un mégaphone. Comme solution, c’est plutôt bancal mais devant la grande indigence de l’université algérienne, l’offre des étudiants a l’avantage d’être pratique.
Depuis
quelques semaines, dans ces colonnes, des contributions d’universitaires
tirent la sonnette d’alarme et soulignent qu’au-delà des chiffres,
l’université algérienne va mal. Les conditions de travail sont sinistres et
le découragement semble gagner les meilleures volontés, celles des «résistants»
qui se sont abstenus de rejoindre les milliers de leurs pairs partis vers des
cieux plus cléments, plus gratifiants. Et il devient urgent de prendre
l’apparente blague des étudiants à la lettre: il faut donner un mégaphone
à l’université et aux enseignants. Il est impérieux qu’ils se fassent
entendre par les pouvoirs publics et par la société algérienne, sachant
qu’une partie de l’avenir du pays se joue. Il est impérieux qu’on les écoute
quand ils disent qu’on ne fait pas une université si les politiques se
limitent à trouver des places pédagogiques, des lits et la restauration pour
des étudiants dont le nombre s’accroît.
L’on
se souvient qu’il y a des années, face à une grève dure des enseignants
universitaires, un ministre avait déclaré sans sourciller que fermer des
universités ne posait pas de problèmes et pouvait constituer une option pour
les pouvoirs publics. Même si sa langue est allée trop vite, le ministre de
l’époque exprimait bien la quintessence de la vision que l’on a de
l’université: une quantité négligeable. Comment dès lors s’étonner que
l’envie de partir chez les universitaires soit aussi importante que chez les
jeunes chômeurs ? Comment s’étonner que les étudiants algériens aient
l’air de jeunes en transit pressés de finir et qui ratent ce moment
d’ouverture au savoir et aux utopies créatrices ?
Le rapport que nous avons à l’université incarne jusqu’à la caricature ce mal algérien qui se dissémine partout, celui de l’inversion de l’échelle des valeurs. Le pouvoir se moquant du savoir, c’est une terrible prime à la médiocrité et au charlatanisme. Puisque l’on se donne comme objectif de «remettre de l’ordre», il faudrait commencer par là. S’occuper sérieusement de l’université et cesser de faire de la comptabilité démographique un motif de satisfaction. Il est temps que les Algériens, pour l’avenir de leur pays et de leurs enfants, tendent un mégaphone à l’université pour que cette voix fatiguée se fasse enfin entendre.
Par Mâachou Blidi
Par
delà ce qui s’annonce comme perturbations estudiantines, dont l’UGEL, un
syndicat réputé proche du Hamas de Abou Djerra Soltani, se fait actuellement
le champion, l’une des graves vérités de cette rentrée universitaire est
d’abord qu’elle ne sera pas aussi facile que le donne à croire le ministre
en charge du secteur. On ne l’accablera pas, ceci dit, de plus de soucis
qu’il n'en cache en relevant les déficits de tous ordres qui l’interpellent
depuis les résultats du baccalauréat 2004.
Au
demeurant, M. Harraoubia a trop couru, cet été, le rafistolage pour qu’on
l’accuse de négligence suprême. Mais le fait de l’avoir vu déployer
autant d’énergie télévisuelle à courir l’arithmétique des lits à
superposer ou des places pédagogiques manquantes, ne dispense pas de le
plaindre pour ce rôle d’adjudant de l’ordinaire quand sa fonction est d’être
le premier magistrat de l’Université.
Il
n’y va pas tout à fait de sa faute, à coup sûr. D’autres avant lui au même
ministère - et c’était même devenu par la force des choses leur fonction
première - s’étaient complu à ce métier de chef de gare en mal de wagons.
Ce qui change, cette année, est que le flux est plus massif, et même plus
surprenant. Il ne sert à rien, au seuil de la rentrée, de se demander si le
baccalauréat à sa dernière session a été plus facile à obtenir que les
fois précédentes, ou même s’il n’a pas été facilité en ce sens. La réalité
est que les problèmes habituels n’en sont que plus complexes, gonflés par un
taux de réussite dont on peut se demander s’il n’est pas plus un mauvais
coup qu’une bonne nouvelle...
L’Etat
algérien, dès son retour au monde il y a 42 ans, a fait de l’enseignement sa
principale préoccupation. Et à ce jour, ce souci primordial ne s’est jamais
trouvé démenti. Nous sommes encore, et c’est rare pour ne pas dire
exceptionnel maintenant, un pays qui assure une bourse à l’ensemble de ses étudiants
et leur garantit le transport et les loges quand cela doit se faire. Malgré des
difficultés de plus en plus évidentes, il y a de quoi être fier à voir cette
gageure maintenue. Et on peut même parfois y discerner ce qu’il reste de plus
palpable de la générosité confuse des premières années de l’indépendance.
Mais en même temps, la lucidité commande qu’on commence à sérieusement
s’interroger sur le devenir de l’Université algérienne.
Où
allons-nous maintenant que nous allons franchir la barre du million d’étudiants
? Il y a longtemps qu’on n’a pas entendu quelqu’un, au ministère de l’Enseignement
supérieur, suggérer au moins un début de réflexion en la matière. Ou à
tout le moins proposer un vrai débat sur la question. Il est triste, en vérité,
de voir à quel point la gestion craintive et bureaucratique de l’Université
algérienne est en train de saper les rêves de l’indépendance nationale. Et
il est lamentable de constater, maintenant que les Algériens se remettent à
reconsidérer positivement l’accès au savoir, combien l’égoïsme mandarin
se ferme à tout progrès. Ou se cache derrière des chiffres et des mensonges dérisoires.
Où va l’Université algérienne ? C’est en tentant de répondre à cette question, en y faisant participer d’autres personnes que celles dont le métier est de faire bonne figure à la télévision, qu’on saura ce que l’Algérie veut faire d’elle-même. Et on ne peut, en tout cas, faire ou refaire l’Université algérienne sans écouter ceux qui y enseignent en n’espérant pas plus qu’un vrai débat... Pour enfin commencer.
A
propos de l’université: la grande illusion
Par
Chems Eddine Chitour Professeur Invité
ENSIACET, Toulouse
Je voudrais, en réaction à l’état des lieux établi sans complaisance
par M. Ahmed Cheniki, dans sa livraison du jeudi 23 septembre 2004, donner mon
point de vue sur l’état de l’université algérienne.
Tout d’abord, je dois dire que cet article m’a mis, par la pertinence
de son analyse, K.O. debout. Et pourtant, en trente ans de carrière, j’ai eu
affaire à des situations de tous les formats possibles et, à l’instar de mes
collègues, je n’ai cessé d’attirer l’attention des décideurs de la dérive
lente et progressive de l’université algérienne. Récemment dans deux
articles, j’avais pointé du doigt le miroir aux alouettes que constitue,
d’après moi, le LMD (LMD, entre le mimétisme et l’obligation, dans L’Expression
du 13 et 14 juillet 2004).
M. Ahmed Cheniki a raison de mettre en exergue les conditions de travail
catastrophiques, la primauté de l’administratif sur le scientifique, les dérives
en ce qui concerne la dégénérescence de l’acte pédagogique et, enfin, la
faiblesse de la recherche.
Cependant, je voudrais compléter sa réflexion en disant que la situation
est encore plus tragique dans les sciences exactes, la technologie, où le
manque de moyens matériels, conjugué à un corps enseignant à 90% jeune et
sans la sédimentation nécessaire, a fait que le diplôme à acquérir est plus
vu comme un passage à l’université qu’un temps de réflexion et
d’acquisition du savoir. La scolastique bat son plein et, pour des raisons de
priorité, la tutelle, qui fait tout, qui décide de tout, ne peut s’occuper
de la pertinence de l’acte pédagogique.
Naturellement, l’honnêteté nous commande d’attirer l’attention sur
la mauvaise santé de l’université. Demandons-nous cependant quelles sont les
causes. De mon point de vue, la responsabilité première incombe à la société
qui n’a pas su ou pas pu hisser l’université à la place qui lui revient
dans l’échelle sociale. Cette attention prêtée aux enseignants, les
formateurs des futurs cadres de la nation, aurait pu imposer aux gouvernants de
ne pas traiter l’université comme un épiphénomène qui a pour rôle de
parquer des étudiants pendant quelques années. Naturellement, on s’agite à
l’approche de la rentrée en essayant de convertir des écoles ou des CEM en
université, on mobilise un temps les autres ministères et on demande au
ministre de l’Enseignement supérieur de faire le magicien pour qu’il n’y
ait pas de vagues. Personne ne s’occupe de l’université après la rentrée.
L’essentiel est que des « places pédagogiques » physiques, des places de
restauration ou en cité soient disponibles.
On l’aura compris: on demande à l’Enseignement supérieur de
s’occuper surtout d’hôtellerie, de transport et de restauration, missions
qui ne sont pas les siennes. Pour ce qui est de l’acte pédagogique, c’est
autre chose: les Algériens s’installent dans la fatalité, du fait que l’on
croit, à tort ou à raison, que le diplôme ne sert à rien, qu’à peine 10%
des diplômés trouvent du travail. Une autre petite partie s’évade en
s’inscrivant dans des universités étrangères, la grande majorité est au chômage
ou dans le secteur informel.
La situation est encore plus tragique pour les jeunes filles diplômées,
dont le nombre est plus important. La société ne leur fait pas encore de
place, elles restent à la maison, privant ainsi le pays d’une force de
travail potentielle. Quel est alors le remède miracle ? Il faut savoir que les
gouvernants successifs ont toujours tenu l’université soigneusement en dehors
des choix politiques, idéologiques et scientifiques, du fait que dans la grande
majorité, le fonctionnement de l’Etat nous est dicté par l’extérieur.
Le moment est venu de remettre l’éducation et la science au centre des
préoccupations du pays. Il est en effet scandaleux de demander des performances
à l’université quand les « gardiens du Temple » ne sont pas considérés
socialement, à la fois du point de vue matériel et honorifique. Cette
revalorisation sociale est assurément la première pierre dans la renaissance
de l’université. Quand nous verrons des enseignants universitaires récompensés
à l’aune du mérite et mis à l’honneur d’une façon pérenne et acceptée
par la société et les gouvernants, alors, alors seulement on aura la
conviction que quelque chose de nouveau nous arrive et que les errements du passé
appartiennent définitivement à l’histoire.
L’université ou la grande illusion
Par Ahmed Cheniki
Quotidien
d'Oran du 23/09/2004
Comme
lors de chaque rentrée, les responsables n’arrêtent pas d’évoquer le
grand flux de nouveaux étudiants exigeant plus d’efforts pour caser tout le
monde, comme si la vie de l’université se réduisait à cet aspect qui est,
certes, important, mais reste accessoire par rapport à la tragique désorganisation
d’une université toujours en quête d’une illusoire stabilité.
Le
discours, redondant, ponctue toutes les déclarations. Comme par enchantement, le problème sera vite réglé, mais on ne
se libère pas de la fâcheuse tendance à oublier la vraie fonction de
l’université. L’établissement supérieur perd ainsi sa vocation première
et se voit drapé d’oripeaux vieillots et marqués du sceau de l’ineffable.
Les conflits d’arrière-garde prennent le dessus dans un univers trop peu séduit
par les relents de l’inventivité et de l’imagination. Les différents
ministres ont, pour le moment, laissé faire, comme si la situation les
arrangeait. Le neuf pourrait provoquer démêlés, conflits et désaveux. Et on
continue à distribuer des diplômes qui se dévalorisent vite, ne résistant
pas à l’usure d’un temps factice qui laisse à la porte du chômage plus de
99% de sortants, et qui posent sérieusement le problème de la qualité d’un
enseignement au rabais.
L’étudiant
sait à quoi s’attendre à la porte de sortie. On a, semble-t-il, trouvé la
miraculeuse solution du LMD (Licence, Master, Doctorat), calqué sur le système
européen, qu’on a cherché à discuter après avoir déjà pris la définitive
décision de l’appliquer. La lecture des programmes et du contenu des
enseignements proposés reste très discutable, surtout si on le confronte aux
données sociologiques algériennes. L’Algérie n’est pas l’Europe. Déjà,
avec une licence de quatre années, de nombreuses filières ne s’en sortent
pas, le niveau des étudiants et le manque tragique d’enseignants ne
permettent pas logiquement d’adopter les contours d’un système qui exige
des moyens considérables. Mais il est possible de partir de ce système pour
tenter de transformer radicalement les choses sans chercher à satisfaire les
uns et les autres.
Aujourd’hui,
malgré les incessants appels à de profondes réformes, l’université reste
trop silencieuse, marquée par un corps enseignant décidément amorphe et une
armée d’étudiants dont trop peu réussissent à construire une phrase
correcte en arabe ou en français. Certes, le nombre des étudiants est considérable,
mais il n’excuse nullement la passivité des pouvoirs publics qui promettent
depuis fort longtemps des réformes qui tardent à venir. Chaque ministre qui
vient évoque des réformes virtuelles, sans aller au fond des choses mettant un
terme à un système rentier qui encourage la médiocrité. Cette situation
catastrophique, les douloureuses années 90 et l’absence de compensation matérielle
aux méritants ont incité des centaines d’enseignants, souvent ayant produit
des travaux scientifiques sérieux, à quitter le pays pour des universités
européennes ou canadiennes. Les autres se sont retrouvés dans des universités
du Golfe, moins exigeantes sur le plan scientifique (1).
Jusqu’à
présent, l’université algérienne compte de grandes compétences, souvent
marginalisées, produisant des textes et des travaux de grande valeur. Il reste
qu’aujourd’hui, l’Algérie tourne avec moins de 3.000 enseignants de rang
magistral et une vingtaine de milliers de maîtres-assistants et d’assistants
(2). Ce qui est largement insuffisant. Cette dramatique réalité est aggravée
par le recrutement de milliers de vacataires ayant pour diplôme une simple
licence (3).
Comment,
dans ces conditions, l’université algérienne pourrait-elle former des étudiants
brillants ou tout juste moyens ? Déjà, le niveau des enseignants prête, dans
de nombreux cas, sérieusement à équivoque. Il faut aussi savoir que les
conseils pédagogiques se réunissent très rarement. Ce qui engendre de sérieux
malentendus. Il arrive parfois que les uns et les autres s’interrogent sur la
fonction des enseignants et leurs relations absentes avec les étudiants, comme
si la raison d’être de l’enseignant n’était pas l’étudiant qui a
fortement appris à entreprendre une seule gymnastique, celle d’attendre et de
quémander les notes.
On
ne comprend pas pourquoi on n’arrête pas cette inflation d’examens qui
finit par désarçonner les plus hardis. C’est vrai que toute tentative de
remettre en cause ces «acquis» étudiants mobiliserait une kyrielle
d’organisations qui crieraient vite à la remise en question de la démocratisation
de l’enseignement. Les différents ministres qui se sont succédé à la tête
du ministère de l’Enseignement supérieur ont souvent joué le rôle de
pompier, cherchant à satisfaire tout le monde. On se souvient des conférences
nationales organisées à l’époque de Abdelhak Brerhi, qui fonctionnaient
exclusivement comme des espaces de parole. Le courage manquait. Les étudiants
et les enseignants conviés parlaient, gueulaient parfois, et repartaient avec
l’impression du devoir accompli.
Mais
il n’est nulle trace dans ces conférences d’autocritique, ni de remise en
question de cette situation rentière qui affadit lourdement l’univers. Les
jeux sont truqués. Les pouvoirs publics, comme de très nombreux enseignants,
semblent se satisfaire d’une réalité qui sauvegarde les privilèges du grand
nombre et pénalise lourdement les compétences. Ainsi, il est des professeurs
qui ressassent le même cours depuis leur recrutement, d’autres reproduisent
tout simplement le cours de leurs professeurs. D’autres dispensent le
programme qu’ils veulent, à tel point que pour le même module, on pourrait
avoir trois ou quatre programmes différents en fonction du nombre de
professeurs dispensant la matière. Le drame de la qualification reste posé,
dans la mesure où des professeurs et des maîtres de conférences assurent des
cours et dirigent des thèses ou des mémoires ne correspondant nullement à
leur spécialité.
Mais
qui se soucie de la qualité dans des universités où l’on ouvre des spécialités
sans aucun spécialiste, comme la traduction ou la communication par exemple ?
(4). Le ministère distribue les habilitations sans prendre la peine de vérifier
les documents remis ni la validité des enseignements et la qualification des
enseignants. Des mémoires de magister et des thèses de doctorat sont dirigés
par des enseignants étrangers à la spécialité. D’autres sont de véritables
touche-à-tout. Ce qui pose souvent le problème des mémoires et des thèses
soutenus, parfois teintés de plagiat. Dans les années quatre-vingt, Algérie
Actualité avait dénombré une dizaine de thèses et de mémoires où de
nombreuses pages étaient tout simplement tirées d’ouvrages dont les auteurs
sont parfois très connus. Cette pratique semble marquer le secteur des lettres
et des sciences humaines, mais aussi les sciences exactes. On se souvient des
universitaires japonais qui s’étaient plaints à l’administration d’une
université algérienne contre le vol de leur travail par un enseignant algérien
(5).
La
chose scientifique est dévalorisée dans une université marquée par la
primauté de l’espace administratif et le mépris par les pouvoirs publics de
l’enseignant, qui n’a même pas le statut de dernière roue du carrosse (6).
D’ailleurs, l’administration centrale semble trop passive, fragilisant ce
corps hétéroclite, dans sa majorité amorphe et d’un affligeant
conservatisme, en mettant en place un système de rente s’accommodant parfois
avec l’illégalité. Ainsi, la distribution des bourses, ressemblant étrangement
aux fameux bénéfices de la révolution agraire, pénalise lourdement les réels
méritants. Ne serait-il pas plus juste de n’accorder ces émoluments qu’aux
seuls enseignants possédant un projet et ne pouvant pas trouver leurs documents
ou leur matériel en Algérie
? Il est aussi ridicule de distribuer annuellement des allocations à des
enseignants qui n’ont pas soutenu leur thèse ou leur mémoire depuis des
lustres. Ne faudrait-il pas limiter une fois pour toutes le nombre d’années ?
Il serait utile d’exiger au retour de chaque mission un rapport détaillé
pour chaque bénéficiaire qu’examinerait sérieusement l’instance
scientifique. Mais souvent, le conseil scientifique a pour fonction de
comptabiliser, calculette en bandoulière, les points pour permettre à des
centaines d’enseignants de bénéficier de ces bourses. L’université se
muerait en agence de voyages. Les responsables bénéficient automatiquement de
cette allocation sans passer par le cap de la sélection. Drôle d’université
qui oublie sa fonction première en se métamorphosant en un lieu distributeur
de prébendes ! La course aux bourses est légendaire. Et le conseil
scientifique, qui n’est que consultatif, s’intéresse rarement au côté
scientifique, à tel point que des colloques sans fin, avec des sujets généraux,
sont organisés, permettant exclusivement aux uns et aux autres de bénéficier
d’attestations à présenter à la commission universitaire nationale. Il
arrive souvent qu’un enseignant intervient dans de nombreux colloques en
changeant tout simplement le titre de sa communication. L’attestation
servirait à un futur dossier pour une éventuelle promotion à un grade supérieur.
La thèse subit de sérieuses frappes chirurgicales, se démultipliant en
plusieurs morceaux publiés dans des revues encore trop peu performantes,
permettant à l’auteur de gagner de nombreux points et de postuler à une
promotion, où être enfant de chahid ou moudjahid permet à l’heureux élu de
remporter la victoire en glanant des points et des années et de devenir
professeur ou maître de conférences. Quelle confusion ! Quel amalgame ! Quand
le scientifique épouse l’Histoire, la fausse couche n’est pas loin.
La
recherche reste encore peu présente dans un univers où trop peu de professeurs
ont publié des ouvrages scientifiques, hors des textes à compte d’auteurs.
L’absence d’une structure sérieuse de publication universitaire ne règle
pas la question lancinante de l’édition. On ne sait pas si l’OPU (Office
des publications universitaires) existe toujours. Elle serait inscrite aux abonnés
absents de l’université. Les laboratoires et les projets de recherche restent
encore des espaces peu marqués par les jeux de la performance et de la qualité.
Si dans les années soixante-dix et quatre-vingt, malgré toutes les
contraintes, il existait à l’université des voix intellectuelles,
aujourd’hui, nous avons affaire à des reproducteurs du savoir. D’ailleurs
souvent, les articles des universitaires sont prisonniers de leurs sources
livresques et de leurs références bibliographiques, ignorant le plus souvent
le terrain. Pour parler de l’Algérie, il faudrait passer obligatoirement par
des médiations théoriques livresques. L’universitaire manque souvent
d’autonomie et de liberté.
Dans
ce contexte peu reluisant, est-il possible de parler de l’existence d’une
université nationale ? Les universités fonctionnent souvent comme de véritables
chantiers où les rats dialoguent ostensiblement avec une poussière et un
manque légendaire d’hygiène et de propreté. Les moyens matériels (ronéo,
photocopie, micro-ordinateurs...) ne sont pas mis à la disposition des
enseignants et des étudiants, appelés à se débrouiller dans des établissements
supérieurs où toute activité culturelle est répudiée, exclue. Ni ciné-club,
ni théâtre, ni espaces littéraires et de débats. Les bibliothèques sont
tellement vides que de nombreux enseignants obtiennent des bourses pour se
documenter dans des bibliothèques étrangères, comme la bibliothèque El-Assad
de Damas, qui n’est d’ailleurs pas très fournie. Ce ne sont pas les
interminables réunions qui suppléeront au grave déficit sur le plan
scientifique et pédagogique.
Souvent,
quand on parle du problème de la qualité de l’enseignement, on jette la
pierre aux étudiants comme s’ils étaient les seuls à gripper une machine
depuis longtemps défaillante. Les étudiants savent bien qu’une fois les études
terminées, la rue les attend, ou ce rêve trop illusoire de prendre «babor
l’Australie», pour paraphraser l’ami Fellag. Déjà, à l’université,
ils vivaient une sorte de perpétuel ennui que n’arrangeait pas du tout
l’absence de livres dans des bibliothèques trop peu fournies.
Il
est peut-être temps de réfléchir sérieusement à un statut spécifique de
l’université, tout en définissant les contours de cette structure sans
laxisme ni jeu de passe-passe en l’ouvrant sans complexe à des compétences
étrangères. L’université est un espace élitaire exigeant un fonctionnement
particulier; l’enseignant aurait ainsi une place de choix dans une société
qui apprendra à le respecter s’il entreprenait une sorte d’autocritique libératrice.
D’ailleurs,
la mise en place des différentes écoles doctorales algéro-françaises de français
ou d’informatique et euro-méditerranéennes de traduction est une expérience
qui pourrait apporter énormément à l’enseignement de ces spécialités et
permettre un enrichissant échange.
Cet
article est surtout une invitation à débattre sur la situation de
l’université.
Notes
1. De Nombreux Enseignants Sont Partis S’installer A L’étranger
Pour Des Raisons Matérielles Et Salariales. D’autres N’ont Pu Supporter La
Médiocrité Ambiante. Dans Ce Cas, Pourquoi Ne Chercherait-On Pas A Exiger
Publications Et Travaux Scientifiques Devant Etre Examinés Pour Les Différentes
Promotions Des Enseignants Par Des Commissions Scientifiques Paritaires Mixtes,
Constituées d’Algériens Et D’une Partie D’étrangers Connus Pour Leurs
Compétences ? Ainsi, Mettra-T-On Fin Au Soupçon De Copinage, De Complaisance
Et De Cafouillage Des Commissions Qui Se Retrouvent Parfois Avec Des Portions
D’une Thèse Comptabilisées Comme «Publications». Même Les Conseils
Scientifiques Des Revues Existantes, Souvent Complaisantes Et Trop Peu
Performantes, Pourraient Faire Un Véritable Bond En Avant S’ils S’ouvraient
Aux Compétences Etrangères.
2. La Situation Présente Encourage Des Pratiques Peu Normales, Comme
Ces Enseignants Qui Courent Interminablement Après Un Trop-Plein D’heures
Dites Complémentaires. D’autres, Certes Minoritaires, Qui Accordent Plus
D’importance A Un Boulot A L’extérieur Qu’à Celui De L’université. A
Propos, De Nombreuses Critiques Marquent Les Différentes Facultés Et Beaucoup
S’interrogent Sur Le Statut Réel Des Avocats-Enseignants A L’université.
Il N’y A Pas D’heures De Consultation, Pourtant Indispensables, Pour Suivre
Sérieusement Les Etudiants.
3. N’est-Il Pas Temps, Surtout Avec L’embellie Financière De Ces
Dernières Années, De Recruter Des Enseignants Etrangers Qui Pourraient
Apporter Une Contribution Très Positive A L’enseignement Et Remplacer
Graduellement Les Associés Et Les Assistants ? Ces Derniers Devraient Bénéficier
D’une Année Sabbatique Pour Terminer Leur Mémoire Et Bénéficier Du Statut
De Maître-Assistant. Ou Peut-Etre Devrait-On Réduire Le Nombre D’heures
Qu’ils Assurent. A L’université, Se Trouvent Des Assistants, Très
Brillants, Qui N’arrivent Pas A Soutenir.
4. Le Problème Des Habilitations Est Extraordinairement Flagrant. Des Départements
De Traduction, De Communication Ou D’autres Spécialités Ont Eté Ouverts En
L’absence De Spécialistes. Ce Qui Est Tragi-Comique, C’est Que Ces Départements
Ont Eu L’autorisation D’ouvrir Des Magisters (Les Enseignements Sont Assurés
Essentiellement Par Des Psychologues, Des Sociologues Et Des Enseignants
D’anglais Et D’arabe). Qui Va Diriger Les Mémoires De Magister ? Ne
Serait-Il Pas Plus Sage De Faire Appel A Des Professeurs Etrangers ?
5. Nous Avons Assisté A Des Soutenances Où Le Plagiat Etait Flagrant:
Les Etudiants Ont Remporté La Palme De La Plus Haute Mention. La Constitution
Des Jurys De Soutenance Devrait Sérieusement Etre Réexaminée. Comme
D’ailleurs La Question De La Qualification. Certains Professeurs Et Maîtres
De Conférences Ont Le Don D’ubiquité.
6. Les Enseignants Sont Souvent Considérés Avec Mépris Par Leur Propre Administration Sans, Le Plus Souvent, Que Ces Derniers Posent Ce Problème: Pas De Réponse A Leur Courrier, Salles De Cours Très Sales, Mauvaise Condition De Réception, Sans Compter Un Salaire Qui Reste Très En Deçà Des Attentes. L’université Est En Principe Le Lieu De L’élite, Elle Produit Essentiellement Des Biens Symboliques. Ce Capital Est, Dans Une Instance Médiate, Appelé A Se Transformer En Biens Matériels. Elle Devrait Aussi Etre Un Espace De Débats Sérieux, Contradictoires, Qui Apporteraient La Dimension Intellectuelle Peu Présente Dans Nos Etablissements Universitaires. Il Faut Reconnaître Que Trop Peu D’universitaires Lisent. C’est Un Véritable Problème.
Article paru dans le quotidien d'Oran du jeudi 16 septembre 2004
Rubrique Analyse
par KHARROUBI Habib
La bipartite n'est plus une garantie pour la paix sociale
Les pouvoirs publics déchanteront, tôt ou tard, au cas où ils persisteront dans leur gestion du maintien de la paix sociale qui consiste à ne pas reconnaître, pour unique interlocuteur social, que la seule UGTA. Il n'est plus possible, en effet, pour ces pouvoirs publics de continuer à ignorer l'existence d'un syndicalisme autonome qui réduit, peu à peu, l'audience et la représentativité de cette UGTA.
La centrale syndicale de la Place du 1er Mai, continue certes à être incontournable dans toute recherche d'instauration d la paix sociale, mais elle n'est plus, loin de là, le seul acteur agissant. Les mouvements de contestation sociale que le pays a connus, ces dernières années, ont pour une bonne part été initiés et menés par des organisations syndicales dont la force de mobilisation et d'ancrage est précisément due à ce qu'elles se revendiquent d'un syndicalisme en totale rupture avec celui pratiqué par l'ex-organisation unique.
La grève qui a paralysé pendant des mois le secteur de l'enseignement secondaire est à, cet égard, révélatrice du rétrécissement de l'influence de la centrale syndicale. Pour être significatif, cet exemple n'est pas le seul à avoir mis à nu l'érosion sur le terrain du monopole syndical que la vieille centrale persiste à vouloir exercer et que par un calcul très dangereux, à long terme, les pouvoirs publics continuent à lui reconnaître. La méthode dite de la "bipartite" que les autorités ont instaurés en guise de cadre de consultation et de négociation sur les questions sociales, n'est plus-si elle a été-adaptée aux reconfigurations qui redessinent la représentation syndicale. L'UGTA n'exprime plus, en effet, à elle seule, les revendications du monde du travail et à ce titre n'est pas en mesure de garantir la paix sociale qui intéresse, au plus haut point, l'État. Longtemps la centrale a exercé la fonction de "pompier social". Ce rôle, elle ne peut plus le tenir, bousculée qu'elle est par des syndicats autonomes qui érodent irréversiblement ses positions dans presque tous les secteurs d'activité.
Ce n'est donc pas en persistant à faire de cette organisation son interlocuteur social exclusif que l'exécutif de l'État se ménagera la paix sociale dont il a besoin pour mener à bien son programme de gouvernement. Désormais, étiquetée du qualificatif dévalorisant de "syndicat maison", l'UGTA, même quand elle obtient à chaque bipartite quelques concessions sociales, n'est plus considérée par des pans de plus en plus larges du monde du travail, comme leur porte-parole syndical et le défenseur de leurs intérêts. Aussi, les engagements qu'elle peut souscrire avec l'exécutif ne seront pas forcément respectés à la base où l'on verra se développer, inévitablement, des actions de contestation sociale échappant totalement à son contrôle. Cela d'autant que la vieille organisation syndicale a perdu à ce niveau au profit de ses concurrentes. Ses cadres et militants les plus dévoués de la cause syndicale déçus et écoeurés qu'elle soit devenue la chasse gardée d'une faune de professionnels de la "rente syndicale" et des privilèges qu'ils retirent avidement de leurs fonctions.
Le Quotidien d’Oran du Jeudi 28 Janvier 1999
Rubrique
Raïna Raïkoum
Par
Kamel Daoud
Le CNES, c’est la partie vivante de l’Algérie. L’autre partie, c’est de l’emballage ou du papier peint collé au mur de l’Afrique, sous une fenêtre qui donne sur la mer. Donc, si vous vous sentez près de la mort, c’est que vous êtes loin du CNES.
Car le CNES est l’un des derniers nifs nationaux à être maintenu au beau milieu du visage de la République. Il sert à maintenir le troupeau populaire à hauteur d’homme. Donc, si les Algériens sont des hommes par héritage génétique, ils peuvent le devenir par choix s’ils se convertissent aux couleurs du CNES. En somme , le CNES mérite au mieux le slogan de Chadli : pour une vie meilleure. Mais avant la mort et pas après, comme le croient les terroristes.
Le CNES, ce n’est pas un parti politique, car il n’a pas de traces de laisse autour du cou. Ce n’est pas un gouvernement, car il ne ment pas, ne boit pas, ne fréquente pas Betchine, n’échange pas de confidences avec Adami et ne trafique pas les urnes en profitant des coupures d’électricité.
Le CNES, ce n’est pas comme certains autres syndicats, il n’a jamais échangé ses suicidés et ses compressés contre une licence d’importation, un bon repas chaud, le sourire d’un haut responsable et les tickets d’essence gratuite. Le CNES ne joue pas au pompier. Ainsi, et pour prendre ses décisions, le CNES consulte le CNES. Et pas ses mécènes. Et si Tou dit que le CNES n’existe pas, c’est vrai. Pour Tou surtout. Car Tou ne sait pas que l’université existe toujours.
Le CNES est donc ce qui reste de debout dans un pays couché. Il nous protège d’être réincarnés en serpillières dans une vie future. Il nous empêche de finir noyés dans la futilité de l’époque et dans la mer morte de la servilité. Le CNES nous rappelle le bon souvenir de l’Algérie. Du temps où elle existait. Du temps où elle était vivante. Donc, pour vivre mieux, vivez CNES. C’est les autres qui en mourrant d’avoir raté la vie